Sur les traces des Pifraires en Limousin, Auvergne et Velay

1) Introduction

02-branle-mirliton-fifre
« Branle du mirliton », détail d’une gravure du XVIIIe siècle attribuée à Guérard, mise en ligne par Gallica, site de la Bibliothèque Nationale. Ce document n’a pas de caractère régional, mais il est intéressant en figurant l’association d’une flûte traversière et d’une cornemuse pour accompagner une danse ronde.

En rĂ©unissant ici ces quelques documents, je me propose d’ajouter des couleurs au tableau de notre reprĂ©sentation des musiques traditionnelles anciennes : la focalisation sur certains instruments particuliers (vielle, cabrette et autres cornemuses) omniprĂ©sents dans l’imagerie identitaire de nos rĂ©gions, nous masque parfois la complexitĂ© et la richesse de la rĂ©alitĂ© des pratiques populaires.

Ainsi, comme la musique des violoneux, longtemps ignorĂ©e en raison du caractère pas assez local de l’instrument, les fifres et flĂ»tes populaires apparaissent en filigrane dans les tĂ©moignages et documents, peu spectaculaires mais bien prĂ©sents au fil du temps.

Des tĂ©moignages s’Ă©chelonnent ainsi du XVIe au XXe siècle, Ă  travers diverses descriptions de fĂŞtes, souvent dans l’espace public (fĂŞtes et bals de plein air), des tĂ©moignages directs dans les Ă©poques les plus rĂ©centes, sans oublier les traces matĂ©rielles constituĂ©es par les quelques instruments retrouvĂ©s.

Le croisement provisoire de toutes ces informations permet d’entrevoir la variĂ©tĂ© des contextes d’utilisation des flĂ»tes dans la musique populaire.


2) Des contextes différents

LA « MUSIQUE VERTE » ET LES INSTRUMENTS ENFANTINS

Détail du bec d’un sifflet de frêne. Cette photo est amicalement fournie par Marc Lemonnier, de la Lozère, qui effectue des animations de « musique verte », et extraite de son site très riche https://www.reveeveille.net
Détail du bec d’un sifflet de frêne. Cette photo est amicalement fournie par Marc Lemonnier, de la Lozère, qui effectue des animations de « musique verte », et extraite de son site très riche https://www.reveeveille.net

Les enfants des campagnes utilisaient des instruments plus ou moins rudimentaires issus de ce qu’on appelle aujourd’hui « la musique verte », c’est-Ă -dire divers sifflets fabriquĂ©s Ă  partir de matĂ©riaux vĂ©gĂ©taux. Il s’agit souvent au dĂ©part de jeux d’enfants, mais leur pratique a souvent aussi stimulĂ© des vocations musicales, en faisant des instruments prĂ©paratoires Ă  un apprentissage ultĂ©rieur (de la cornemuse ou de la clarinette par exemple) : AndrĂ© Ricros, dans un article de recherche , « L’apprentissage de la cabrette dans la Châtaigneraie cantalienne », cite ainsi des flĂ»tes Ă  bec de sureau (dans le canton de Montsalvy).
Parfois l’influence de l’Ă©cole vient s’ajouter Ă  celle de la transmission populaire, pour stimuler les vocations de musiciens : dans un tĂ©moignage recueilli par l’association Les Brayauds auprès d’Emile Mansard dit « Milounet » (dernier joueur ancien de musette BĂ©chonnet des Combrailles, nĂ© Ă  la fin du XIXe siècle), celui-ci Ă©voquait le dĂ©but de son apprentissage avec un instituteur sur une flĂ»te du commerce, du genre pipeau ou flageolet. Dans son article (reproduit in extenso ici), Eric Roux cite des flĂ»tes du mĂŞme genre vendues bon marchĂ© Ă  l’Ă©picerie de Langeac en Haute-Loire, et pratiquĂ©es par les enfants.

LES FLÛTES DANS LE MONDE PASTORAL

Joueur de flûte, santon de la crèche de Vicq-sur-Breuilh (Haute-Vienne). Photo aimablement communiquée par Éric Montbel.
Joueur de flûte, santon de la crèche de Vicq-sur-Breuilh (Haute-Vienne). Photo aimablement communiquée par Éric Montbel.

Le rapport de cette famille d’instruments avec l’univers pastoral est ancien, universel et mĂŞme mythologique, Ă  tel point qu’il est difficile dans certains documents de savoir si l’Ă©vocation des bergers avec leurs flĂ»tes relève d’une rĂ©alitĂ© observĂ©e ou de la perpĂ©tuation d’une imagerie convenue (par exemple dans les reprĂ©sentations de la NativitĂ© : la crèche de Vicq-sur-Breuil, en Haute-Vienne, comporte des mannequins du XVIIIe siècle parmi lesquels figurent deux musiciens : un chabretaire et un joueur de pipeau).
NĂ©anmoins, Raymond BĂ»che (cf plus bas), en plus d’associer le flageolet aux bergers, donne des indications plus prĂ©cises sur un fait surprenant : la survivance au XXe siècle de la flĂ»te de Pan chez les castreurs de porcs. Dans un article très documentĂ© : « Le charme de la syrinx » (consultable ici), Claudine Fabre-Vassas cite Ă©galement son emploi en Rouergue chez les chiffonniers et en Auvergne chez les chaudronniers.
On peut entendre l’Ă©vocation du souvenir d’un berger joueur de flĂ»te dans un tĂ©moignage enregistrĂ© par JosĂ©e Dubreuil Ă  Venteuges (Haute-Loire, rĂ©gion du haut-Allier), Ă©coutable sur le site du Patrimoine oral du Massif Central.
MalgrĂ© le peu de sĂ©rieux accordĂ© par ce tĂ©moin Ă  la qualitĂ© musicale de ce berger, il se peut qu’il Ă©voque maladroitement la dernière survivance d’une forme de pratique improvisĂ©e ou semi-improvisĂ©e, pour le divertissement solitaire du musicien. Si c’Ă©tait le cas, cela nous rapprocherait de ce qui existe toujours dans la musique pastorale de flĂ»te en maintes autres rĂ©gions du monde.

Transcription partielle de ce témoignage :

« Ah je l’ai entendu jouer, oui.
– Et qu’est-ce qu’il jouait sur sa flĂ»te ?
– Oh, qu’est-ce qu’il jouait, vous savez, il jouait ce qui lui passait dans la tĂŞte, vous savez, c’Ă©tait plus ou moins juste, vous comprenez, c’Ă©tait.. c’Ă©tait pour ainsi dire, pour lui, c’Ă©tait un passe-temps, et ça amusait les gosses qu’on Ă©tait, alors Ă  ce moment vous comprenez, ah (…) « le berger viendra aujourd’hui, eh bien s’il vient… », on Ă©tait content, « …il va jouer de la flĂ»te », et, vous comprenez, on n’y prĂŞtait pas tellement attention. »

LE COUPLE FIFRE-TAMBOUR SOUS L’ANCIEN RÉGIME

Représentation allégorique du couple fifre-tambour, fin XVe ou début XVIe siècle (source : Gallica, site de la Bibliothèque Nationale).
Représentation allégorique du couple fifre-tambour, fin XVe ou début XVIe siècle (source : Gallica, site de la Bibliothèque Nationale).

 

Reproduction complète de de la scène gravée sur le piédestal de croix de Nébouzat (Puy-de-Dôme), extrait de l’article de Pierre-François Fournier (« Le piédestal de croix de Nébouzat et les bourrées d’Auvergne », dans « Auvergne – Cahiers d’études régionales », N°121, L’Auvergne Littéraire 1947).
Reproduction complète de de la scène gravée sur le piédestal de croix de Nébouzat (Puy-de-Dôme), extrait de l’article de Pierre-François Fournier (« Le piédestal de croix de Nébouzat et les bourrées d’Auvergne », dans « Auvergne – Cahiers d’études régionales », N°121, L’Auvergne Littéraire 1947).

 

Joueur de flûte à une main et tambour, gravé sur le piédestal de croix de Nébouzat (Puy-de-Dôme), comportant la date de 1729.
Joueur de flûte à une main et tambour, gravé sur le piédestal de croix de Nébouzat (Puy-de-Dôme), comportant la date de 1729.

De nombreux documents historiques attestent dans nos rĂ©gions (comme d’ailleurs partout en France), une pratique continue du couple fifre-tambour ou flĂ»te-tambour dans les rĂ©jouissances publiques, processions, bals de plein air etc, depuis le XVIe siècle au moins. Beaucoup de tĂ©moignages concernent les milieux citadins, mais aussi les campagnes, notamment en Velay et Basse-Auvergne : une citation de 1786 nomme le tambour et le fifre comme instruments de rĂ©jouissance les plus usitĂ©s dans la Limagne d’Auvergne. Pierre Fournier (cf extrait d’article donnĂ© en fac-similĂ©) en donne de nombreux exemples puisĂ©s dans les archives. Cette pratique se rattache peut-ĂŞtre Ă  la corporation des mĂ©nĂ©triers.

Un exemple plus rĂ©cent est la fĂŞte des jardiniers de Tulle dĂ©crite par François CĂ©lor Ă  la fin du XIXe siècle (voir citation), ainsi que les tĂ©moignages du XXe siècle recueillis par Eric roux dans le Val d’allier (voir article).

LE FIFRE MILITAIRE ET DANS LES SOCIÉTÉS MUSICALES

« Un soldat jouant du fifre » estampe du XVIIe siècle de Michel Lasne, graveur, d’après un dessin d’Abraham Bosse (source : Gallica, site de la Bibliothèque Nationale).
« Un soldat jouant du fifre » estampe du XVIIe siècle de Michel Lasne, graveur, d’après un dessin d’Abraham Bosse (source : Gallica, site de la Bibliothèque Nationale).

ReliĂ©e Ă  la pratique prĂ©cĂ©dente, la prĂ©sence très forte du mĂŞme couple instrumental dans l’armĂ©e, est attestĂ©e en France depuis la fin XVe-dĂ©but XVIe siècle, et jusqu’au XIXe siècle, le fifre ayant peu Ă  peu disparu de l’armĂ©e française après le Second Empire. Cela a pu ĂŞtre l’occasion de la formation de certains musiciens, et de la circulation des instruments sous leur forme standardisĂ©e au XIXe-dĂ©but Xxe siècles (fifres d’Ă©bène fabriquĂ©s en sĂ©rie, tambours « d’ordonnance » militaires).
Dans un univers musical proche, très influencĂ© par la pratique militaire, la prĂ©sence du fifre et du tambour est notable au XIXème et dĂ©but du XXĂ©me siècle, dans la pratique de sociĂ©tĂ©s musicales (fanfares, harmonies), et dans des contextes sociaux cĂ©rĂ©moniels particuliers : fĂŞtes des conscrits (ou classards), dĂ©filĂ©s et processions. Une sociĂ©tĂ© musicale actuelle de la Haute-Loire, l’ « Avant-Garde Langeacoise », a recréé un groupe de fifres et tambours qui participe aujourd’hui Ă  des animations historiques dans une rĂ©gion oĂą ces instruments Ă©taient bien prĂ©sents (voir article d’Eric Roux).

LES MUSICIENS DE BAL

« Noce de campagne », gravure d’après un tableau de Jean-Baptiste Pierre Vibert (1800-1871), publiée dans « Auvergne et Velay » de Régis Marchessoux.
« Noce de campagne », gravure d’après un tableau de Jean-Baptiste Pierre Vibert (1800-1871), publiée dans « Auvergne et Velay » de Régis Marchessoux.

En dehors des contextes prĂ©cĂ©dents, il est certain que les fifres et autres flĂ»tes ont aussi jouĂ© pour la danse, si on en croit les tĂ©moignages et l’iconographie : deux gravures de « l’ Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet et une gravure publiĂ©e en Haute-Loire par RĂ©gis Marchessou montrent des joueurs de fifre avec des danseurs. Divers documents Ă©crits (voir plus loin) Ă©voquent la danse au son de ces instruments, tant en Basse-Auvergne qu’en Velay et Limousin. On a recueilli des tĂ©moignages sur des musiciens plus rĂ©cents ayant animĂ© des bals au fifre, notamment en Limousin, aux confins de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Dordogne (voir plus loin).


3) Les instruments

LA FABRICATION LOCALE

 Joseph la fiula
« Joseph la fiula » jouant de son pifre en buis de fabrication locale (Avril 1982, photo extraite de l’article « Ribeyre » publié par Eric Roux dans la revue Modal (N°5, automne 1984).

L’habiletĂ© manuelle des gens de la campagne, enfants, bergers, paysans et artisans, leur a sans doute permis au cours de l’histoire de façonner quantitĂ© de sifflets, jouets sonores et instruments rustiques. Ce fait est bien dĂ©crit pour la Bretagne par Pierre-Jakez HĂ©lias dans un chapitre du « Cheval d’orgueil », et Ă©voquĂ© par Raymond BĂ»che pour le Limousin dans l’article citĂ© ci-dessous.

De nombreux tĂ©moignages directs ont Ă©tĂ© recueillis par les collecteurs de l’AMTA et de l’IEO en Auvergne, sur les sifflets d’Ă©corce et les chansonnettes et formulettes rituelles accompagnant leur fabrication (commençant souvent par « saba, saba… ») dont des exemples ont Ă©tĂ© publiĂ©es dans les cassettes « Musique du canton ».

Au-delĂ  des jouets d’enfants, des instruments ont Ă©tĂ© faits localement, mais hĂ©las rarement conservĂ©s : par exemple les flĂ»tes Ă  bec de sureau du canton de Montsalvy (Cantal) rencontrĂ©es par AndrĂ© Ricros, ou celles de buis utilisĂ©es par les pifraires de Langeac (voir article d’Eric Roux).

DES INSTRUMENTS RÉCUPÉRÉS

Joueur de flûte au XVIIIe siècle (gravure extraite d’un recueil anglais de musique de danse pour flûte traversière« The delightful Pocket Companion for the German Flute »).
Joueur de flûte au XVIIIe siècle (gravure extraite d’un recueil anglais de musique de danse pour flûte traversière« The delightful Pocket Companion for the German Flute »).

De façon peut-ĂŞtre similaire Ă  ce qu’on connaĂ®t dans les musiques populaires irlandaises, il y a dans nos rĂ©gions des exemples d’instruments issus d’une lutherie « savante », rĂ©cupĂ©rĂ©s et mĂŞme reproduits en milieu populaire. On retrouve ainsi des modèles sortis de l’usage dans la musique classique, notamment quelques flĂ»tes traversières proches du modèle baroque, (en trois ou quatre Ă©lĂ©ments de bois tournĂ©, Ă  une ou trois clefs) retrouvĂ©es en Limousin chez des musiciens populaires (Eric Roux mentionne le mĂŞme fait dans son article sur la Haute-Loire). Jan dau Melhau a retrouvĂ© un exemplaire Ă  BĂ©nayes (Haute-Vienne) de ces flĂ»tes tournĂ©es en buis ou en houx (voir photos), et j’en ai moi-mĂŞme vu une Ă  Angoisse (nord de la Dordogne).

Fac-similé de la flûte du « père Maurissou » (copie effectuée par l’atelier de lutherie du Conservatoire Occitan de Toulouse). Seul le modèle de clef n’est pas conforme à l’original.
Fac-similé de la flûte du « père Maurissou » (copie effectuée par l’atelier de lutherie du Conservatoire Occitan de Toulouse). Seul le modèle de clef n’est pas conforme à l’original.

Il est difficile de savoir quelle musique a Ă©tĂ© jouĂ©e sur ces instruments, mais leur possession par des musiciens populaires ne fait aucun doute. Jan Dau Melhau m’a transmis que le père « Maurissou » de Benayes jouait de sa flĂ»te chez lui, pour lui-mĂŞme ou lors de veillĂ©es, et non en public. Ces instruments relativement graves (en fa) et peu puissants, se prĂŞtaient d’ailleurs peu Ă  un jeu en bal. Comme les autres modèles de flĂ»te, ils Ă©taient englobĂ©s sous la dĂ©nomination gĂ©nĂ©rique de pifre ou fifre.

LES INSTRUMENTS DE SÉRIE

Fifre en ébène (détail) ayant appartenu au grand-père de M. Daniel Boisserie, qui était joueur de fifre et de flûte dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche (87) au début XXe siècle.
Fifre en ébène (détail) ayant appartenu au grand-père de M. Daniel Boisserie, qui était joueur de fifre et de flûte dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche (87) au début XXe siècle.

En ce qui concerne le fifre Ă  proprement parler, de plus petite taille, on en a retrouvĂ© des exemplaires du type tournĂ© en Ă©bène, produit en sĂ©rie au XIXe siècle et rĂ©pandu dans les fanfares et musiques militaires de cette Ă©poque, mais aussi utilisĂ© en solo par des musiciens de bal. On peut noter que le nom de fifre ou pifre a aussi dĂ©signĂ© de petites flĂ»tes Ă  bec qui pouvaient ĂŞtre de fabrication industrielle, en bakĂ©lite (cf. article d’Eric Roux). L’industrie a ainsi fabriquĂ© depuis le XIXe siècle, Ă  destination de la clientèle populaire, une variĂ©tĂ© d’instruments bon marchĂ© (pipeaux, flĂ»tes Ă  bec, flageolets, ocarinas) que l’on retrouve parfois dans les brocantes, et qui sont les Ă©quivalents des Tin whistles des Ă®les britanniques.


4) QUELQUES FIGURES

Monsieur Pichot, pifraire de Haute-Loire (région de Saugues), photo aimablement communiquée par Eric Roux.

Un joueur de fifre a laissĂ© son souvenir en Limousin, il s’agit du pifraire Antoine Decomps, ancien marchand de spiritueux Ă  Tournevite (commune de Lubersac, Corrèze). Il a Ă©tĂ© immortalisĂ© dans l’entre-deux-guerres par un 78 tours aux Ă©ditions « Le Soleil » de Martin Cayla, oĂą l’on peut l’entendre jouer au fifre un thème de marche de noces, Ă  la fin de l’une des deux chansons. Ce musicien est mort vers les annĂ©es 1950, et donc Ă  ma connaissance sans avoir pu ĂŞtre rencontrĂ© et enregistrĂ© par des collecteurs. Il tenait le bal seul au fifre traversier, et Jan Dau Melhau me signale qu’Ă  la fin de sa vie, il ne jouait plus que sur un pipeau de matière plastique.
Le portrait du père Maurissou de Benayes (Guillaume Maury, 1867-1955), menuisier-Ă©beniste, fabricant d’automates et chansonnier oral, a Ă©tĂ© retracĂ© par Jan Dau Melhau dans son livre « Permenada au pais de las cronicas », avec les chansons de ce personnage haut en couleurs. Sans ĂŞtre musicien de bal, il jouait lors de veillĂ©es ou pour son plaisir, son pifre, une flĂ»te traversière en fa qui a Ă©tĂ© miraculeusement retrouvĂ©e, et qui a pu ĂŞtre copiĂ©e par l’atelier de lutherie du Conservatoire occitan de Toulouse. Dans la commune voisine de Meuzac, on a signalĂ© Ă  Jan le souvenir d’un autre ancien joueur de fifre.

En Corrèze, un tĂ©moin m’a rapportĂ© que son grand-père, de Juillac, citait « lo pifre » comme principal instrument de musique, et que pour lui, « lo pifre, c’Ă©tait quelque chose ! ».
Dans le secteur voisin du nord-est de la Dordogne, un pifraire et fils de pifraire, monsieur Henri Grelouneau de Payzac a, lui, été enregistré (il est décédé au début des années 2000). Son père jouait des bals au fifre.

On peut [tĂ©lĂ©charger ici (site du patrimoine oral du Massif central)->https://www.massif-oral.org/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=2403&fonds=&menu=&cid=109559] l’enregistrement, effectuĂ© par Eric Roux Ă  Saugues (Haute-Loire) d’un chanteur, ancien joueur de fifre et de sa femme. Le jeu instrumental est très fragmentaire, visiblement en raison du mauvais Ă©tat de l’instrument, mais la raretĂ© de ce type de tĂ©moignage rend celui-ci Ă©mouvant.


5) TÉMOIGNAGES ANCIENS

Je finirai cet article avec quelques citations et témoignages sur notre sujet, issus de sources diverses.

– Extrait de : « L’Album auvergnat », de Jean-Baptiste Bouillet (Moulins, 1848-1853)

 

Gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes du Mont-Dore, Puy-de-Dôme).
Gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes du Mont-Dore, Puy-de-Dôme).

« Le plus ordinairement, dans les petits comitĂ©s, on danse au son de la voix, en variant les intonations pour Ă©viter la monotonie; le beau est de prononcer des paroles, et il est rare que chaque village n’ait pas son chanteur ou sa chanteuse, son musetei ou sa museteire. Dans les grandes circonstances, dans les fĂŞtes patronales par exemple, l’orchestre est composĂ© d’un tambour et d’un fifre, ou seulement de la musette chĂ©rie, qu’on appelle chabre (chĂŞvre). Celle-ci a le plus grand attrait dans nos montagnes, tout un village s’Ă©meut Ă  ses sons. »

Détail des musiciens, gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes du Mont-Dore, Puy-de-Dôme).
Détail des musiciens, gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes du Mont-Dore, Puy-de-Dôme).

Extrait du «Dictionnaire du patois du Bas-Limousin (Corrèze), et plus particulièrement des environs de Tulle. Mis en ordre, augmenté et publié par Joseph-Anne Vialle (1824) »
Auteurs : Nicolas Béronie (1742-1820) et Joseph Anne Vialle, éditeur : J.-M. Drappeau (Tulle)

« Pifre. sorte de petite flĂ»te d’un ton fort aigu, dont on joue en la mettant de travers sur les lèvres. Fifre. Cet instrument est souvent employĂ© dans nos fĂŞtes champĂŞtres. Jouer de cet instrument, cela s’appelle pifrar. Le joueur s’appelle aussi pifre. Comme cet instrument altère beaucoup, nous disons pifrar, pour dire boire. »

Détails des musiciens, gravures extraites de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (Riom et Mont-Dore).
Détails des musiciens, gravures extraites de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (Riom et Mont-Dore).

Extraits du dictionnaire de Léonard Dom Duclou (manuscrit inédit daté de 1779, conservé à la bibliothèque municipale de Limoges), ces extraits de dictionnaires ont été relevés par Jan dau Melhau.

« Flaujon : flageolet.
Fleita : flûte, instrument de musique à vent.
Fleiticar : jouer de la flûte mais mal.
Fleiticaire : mauvais joueur de flûte.
Pifre : fifre, sorte de flûte. »

Gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes de Riom, Puy-de-Dôme).
Gravure extraite de « L’Album Auvergnat » de Jean-Baptiste Bouillet (costumes de Riom, Puy-de-Dôme).

Extraits du livre « Velay et Auvergne : contes et légendes, noëls vellaves, devinettes, formulettes, dictons populaires, anciens costumes, les muletiers, la dentelle, vieilles enseignes, chansons et bourrées » , préf. de Régis Marchessou, éditeur : Régis Marchessou, 1903.

« Ces divers genres de chants, dont nous donnons pour chacun plusieurs exemples, peuvent se diviser en trois groupes principaux : les chansons proprement dites, les pastourelles et les chants de danse et bourrĂ©es. Ils avaient un accessoire naturel dans la vielle, la musette ou « chabrette » et le fifre, – tous instruments aujourd’hui disparus et remplacĂ©s par l’accordĂ©on, – qui formaient alors comme l’orchestre du villageois. »

« Une bourrĂ©e, en gĂ©nĂ©ral, n’a en gĂ©nĂ©ral qu’un seul couplet, elle peut mĂŞme se passer de paroles. Son chant est un motif Ă  3/8 dont la lenteur ou l’allegro de la mesure varie suivant les diffĂ©rents cantons du dĂ©partement. La danse tient du bolĂ©ro, de la pavane, du quadrille et de la valse; elle demande de la souplesse et comprend plusieurs figures : les couples se poursuivent, se mĂŞlent, s’entrecroisent, en balançant le corps et la tĂŞte, en levant les bras et faisant claquer les doigts et parfois en martelant bruyamment en cadence, sur le sol, avec le pied, les mesures du chant de la musette, de la vielle ou du fifre. »

– RĂ©cit de la fĂŞte de Saint-Fiacre Ă  Tulle fin XIXe siècle, par François CĂ©lor-Pirkin (extrait de « Chansons populaires et bourrĂ©es recueillies en Limousin », 1904,livre qui regroupe les parutions Ă©chelonnĂ©es dans les annĂ©es 1890 dans le Bulletin de la SociĂ©tĂ© scientifique, historique et archĂ©ologique de la Corrèze, 1904).

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« AUBADE DE SAINT-FIACRE (Tulle)
Patron des jardiniers
Les jardiniers de Tulle, formĂ©s en sociĂ©tĂ© depuis des siècles, avaient la coutume d’aller, la veille de la fĂŞte de Saint-Fiacre, leur patron, donner une aubade Ă  tous les propriĂ©taires adhĂ©rents Ă  leur sociĂ©tĂ©.
Quel plaisir c’Ă©tait pour nous, « lous Ă©lus de Tullo », de les accompagner dans leurs pĂ©rĂ©grinations.

Par devant marchaient Jean Mome et le fils du Roi portant chacun un grand drapeau, sur lequel Ă©tait gravĂ©e l’image de saint-Fiacre ; venaient ensuite Gustou avec sa flĂ»te et DĂ©guilhen avec son tambour. Puis les jardiniers, et enfin toute « la bouado de Tullo » (les gamins).

ArrivĂ©s sous les fenĂŞtres du sociĂ©taire, Gustou et DĂ©guilhen entonnaient leur aubade : Ru tu flu, Bourdello…

Le lendemain, messe en musique à la cathédrale.
Le troisième jour au matin, nous tous gamins, nous nous rendions sous le porche du Moustier, et heureux celui Ă  qui le père Relier, TĂ©nassou, Menoyre, etc, voulaient bien confier un pot de fleurs qu’on rapportait en procession Ă  Sainte-Claire ou derrière les Tours.
C’est alors que Gustou entonnait sur son flutiau la marche : Sauto tredjo…, qu’il continuait en grimpant la Barrière et la rue Sainte-Claire. »

Présence du fifre dans les concours musicaux autour de 1900 à Saint-Yrieix-la-Perche et dans les environs (sur de la Haute-Vienne) : ces mentions ont été relevées par Jean-Luc Matte et publiées dans la revue « Modal – La revue des Musiciens routiniers » dans un article centré sur la chabrette (« La chabrette limousine dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche au travers de la presse locale, 1892-1912 », MODAL N°2 printemps 2002)

  • Le Petit Perchois (4 sept. 1892) : comice agricole, concours d’accordĂ©ons, fifres et musettes
  • Le Petit Perchois (25 sept. 1892) : fĂŞte de SĂ©gur-le-Château, concours d’accordĂ©ons, fifres et musettes
  • Le Bonhomme Limousin (27 sept. 1896) : concours de la race porcine, concours de musettes, accordĂ©ons, vielles et fifres
  • Le Bonhomme Limousin (5 sept; 1897) : fĂŞte des ormeaux, concours de musettes, fifres et accordĂ©ons
  • Le Bonhomme Limousin et L’Echo de Saint-Yrieix (25 aoĂ»t 1898) : fĂŞte des Hors, concours de musique, chabrettes, fifres, accordĂ©ons, tambours, chanteurs
  • Le Bonhomme Limousin (27 aoĂ»t 1899) : fĂŞte des Hors, concours de musique, chabrettes, fifres et accordĂ©ons
  • L’Echo de Saint-Yrieix (1er avril 1907) : grande fĂŞte, concours de musique (accordĂ©ons, fifres, musettes, etc)
  • Le Bonhomme Limousin et L’Echo de Saint-Yrieix (12 et 19 avril 1908) : grande fĂŞte, fifres, musettes, accordĂ©ons, clarinette
  • L’Echo de Saint-Yrieix (11 avril 1909) : grande fĂŞte, concours de musique (accordĂ©ons, fifres, musettes, etc).

ARTICLES PLUS RÉCENTS

– Extraits de « Les instruments de musique populaire » par Raymond Buche, publiĂ© par la revue Lemouzi (n°11, juillet 1964).

 « Pour retrouver les plus anciens instruments à vent véritablement folkloriques, il faut aller les chercher chez nos bergers car ce sont eux, les bergers, qui sont les promoteurs, les initiateurs, les transmetteurs et les dépositaires de la Tradition.
Le plus simple de tous ces instruments est le tube de roseau (lo canèl ou canòl ou canon, de cana : nom du roseau en langue d’oc). Il rend un son d’une hauteur musicale dĂ©terminĂ©e lorsque, mis au contact de la lèvre infĂ©rieure, on souffle sur ses bords. Plusieurs de ces tuyaux sonores placĂ©s cĂ´te Ă  cĂ´te et fixĂ©s ensemble constituent la flĂ»te de Pan. La mythologie attribuait l’invention de cet instrument au fils d’Hermès, au dieu aux pieds fourchus qui semait la panique dans la troupe des nymphes; mais nous, plus rĂ©alistes, restituerons Ă  nos pâtres ingĂ©nieux leur titre d’inventeurs par droit de primogĂ©niture. La flĂ»te dite de Pan, connue dans nos campagnes sous les noms plus exacts de fleita de BiarnĂ©s (flĂ»te de BĂ©arnais), sanadoira, penche de sanaire (peigne de castreur), avec ses notes aigĂĽes et aigrelettes, ne dut pas ĂŞtre beaucoup utilisĂ©e dans les bals. On l’entendait davantage rĂ©sonner derrière les troupeaux. Mais, surtout, elle devint l’instrument favori, le signal caractĂ©ristique de ces artisans ambulants, de ces spĂ©cialistes d’une chirurgie spĂ©ciale que rappelle le nom patois de l’instrument : los sanaires (les castreurs et hongreurs de village). J’ai bien connu l’un d’eux, le père Treinsoutrot, du Jardin.On l’entendait de très loin annoncer sa visite dans un village, et la mĂ©lodie qui sortait de son instrument rudimentaire Ă©tait, si mes souvenirs sont bons, pas du tout dĂ©sagrĂ©able : quelque chose, si vous voulez, d’intermĂ©diaire entre la musique des galoubets de Provence et les chants d’amour des crapauds tels que nous les entendons par les belles nuits d’Ă©tĂ©. J’essaie d’ĂŞtre prĂ©cis. Il ne faut pas rire : c’Ă©tait bien cela. Avec le dernier « sanaire », la « sanadoira » a cessĂ© de turelurer par les rues des villages. Autres temps, autres moeurs!… »

« Le frère cadet au petit chalumeau de paille est le sifflet (en limousin classique : siblet, siulet, du latin sibilitus, de sibilus; en limousin moderne : eschufle, estufle, estchurlet, eschurlòl…). Le sifflet ordinaire se fait avec un bout de sureau dont on a retirĂ© la moĂ«lle, une tige creuse de certaines plantes (berce, spirĂ©e ulmaire…) ou une Ă©corce prĂ©levĂ©e sur de jeunes pousses de saule ou de châtaigner. L’anche est ici remplacĂ©e par un bec, c’est-Ă -dire un bout de bois en biseau et un trou vibratoire. Cet instrument, très incomplet car ne donnant qu’une seule note, a Ă©tĂ© perfectionnĂ© : il est devenu le merveilleux « grand eschufle » des enfants de Tulle et qui donne de si doux sons modulĂ©s pour peu qu’on tire ou qu’on pousse le piston central, ce qui lui donne une vague allure de trombonne Ă  coulisse-miniature. C’est sans doute ce sifflet-lĂ  qui Ă©tait utilisĂ© Ă  tulle, au siècle dernier, dans ces cĂ©lèbres rĂ©unions du Trech connues sous le nom de « Bal del Chalelh »; c’est ce sifflet-lĂ  que rappellent les paroles plutĂ´t scabreuses de la bourrĂ©e qu’on chantait Ă  ces rĂ©unions :
« Lo trauc del cul (tior, Ă  Tulle) de nostr’ainada es fach en mòda d’eschuflòl…
Aquel eschufle n’es tan brave : ne garit del mal de la set.
Quand auras fach ton estuflada, presta l’estufle a ton vesin… »

« Passant par divers intermĂ©diaires qui n’ont guère laissĂ© de souvenirs dans notre folklore, le sifflet donna naissance Ă  la flĂ»te, au fifre et au flageolet. La flĂ»te (flaĂĽta en limousin classique, fleita en patois). Le modèle usitĂ© en limousin jusqu’Ă  une date rĂ©cente (fin du siècle dernier) Ă©tait des plus simples. Du type « flutte d’alemant », comme dit Rabelais, c’Ă©tait un long tube de bois ouvert Ă  l’un des bouts, percĂ© de trous, et dans lequel on soufflait par une embouchure latĂ©rale.
« Robin se soven de sas fleitas », dĂ©clare une vieille expression : pourtant, on ne se souvient plus guère de la petite flĂ»te traversière de nos mĂ©nĂ©triers d’autrefois. « Çò que ven pèr la fleita se’n tòrna pèl tambor » : le goĂ»t du changement est de ce monde.
Le fifre (lo pifre), instrument relativement rĂ©cent (il ne remonte pas au-delĂ  du XVIIIe siècle), n’est autre qu’une petite flĂ»te en bois aux sons très aigus. On s’en servait, en Limousin, pour les aubades : aubades du jour de l’an et quĂŞte des oeufs (los guilanèus); aubades du premier mai sous les fenĂŞtres des jeunes filles Ă  marier (las maiadas, a l’entrada del temps clar, eia!); aubades des fĂŞtes corporatives (comme cette fĂŞte des jardiniers de Tulle oĂą notre instrument accompagnait de ses cris stridents la Marche de Saint Fiacre et le non moins fameux Rutuflu Bourdelle).
Le flageolet (lim. flajòl, flaijòl, flaijòlet), connu dès le XIIe siècle, est une petite flûte droite, à bec, genre pipeau actuel ou flûte douce. Instrument favori des bergers, il accompagnait aussi les cortèges et faisait danser. »


6) « Ribeyre »


Haute-Loire – Fifres et tambours
Par Éric ROUX

Article publiĂ© dans MODAL La revue des Musiciens Routiniers, n° 5 Automne 1984, reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Il y a deux ans, dans le cadre des recherches sur la musique Ă  danser que nous entamions dans la vallĂ©e de l’allier en Haute-Loire, l’Ă©tude des textes concernant cette rĂ©gion nous fournit des renseignements qui guidèrent nos enquĂŞtes vers un sujet que nous ne pensions pas aborder jusqu’alors.

« Le reinage ( Le Reinage est le nom donnĂ© aux fĂŞtes patronales dans l’ouest de la Haute-Loire, vogue et « vota » dans l’est du dĂ©partement.) de Chanteuges n’est pas moins curieux, il a lieu le dimanche de PentecĂ´te. Ce jour-lĂ , les jeunes gens de la commune, conduits par le fifre et le tambour, se rendent au prĂ© du fou ( Voir Roux Eric, « la fĂŞte du prĂ© du fou », in « Parlem » n°9, 1983, Revista trimestrala auvernhata de l’Institut d’Estudis Occitans, p. 7-8.) sur les bords de la Desges, au pied de la roche basaltique oĂą est assis Chanteuges (voir plan n° 1).
(…)
Cette scène (la recherche du fou), qui dure environ trois quarts d’heure, n’est plus accompagnĂ©e comme autrefois de coups de pistolets tirĂ©s en l’air, mais se passe toujours au son du fifre et du tambour. »

Ulysse Rouchon ( Rouchon Ulysse, « La vie paysanne en Haute-Loire », tome III, « les travaux et les jours rustiques », Le Puy-en-Velay, Ă©ditions de la SociĂ©tĂ© des Études Locales, 1936, p.199-201.) publiait en 1936 ce texte qui pouvait nous faire espĂ©rer lors de futures enquĂŞtes des indications prĂ©cises sur la pratique du fifre et du tambour dans la rĂ©gion de Chanteuges, mais notres espoir fut plus vif Ă  la lecture d’Arnold van Gennep ( Van Gennep Arnold, « Le folklore de l’Auvergne et du Velay », Maisonneuve Ă©d. 1943, p. 116-126.), qui Ă©crivait en 1942 Ă  propos du mĂŞme reinage :

« Le curé donne la bénédiction avec la croix processionnelle. (…) Une symphonie prolongée de fifres et de tambours marque le point culminant de la fête. »

Plusieurs enquĂŞtes su la fĂŞte du fou nous ont permis de rencontrer deux joueurs de fifre et un joueur de tambour, et c’est ce que nous ont appris ces musiciens sur leur pratique et leur lien avec la fĂŞte du fou et d’autres reinages que nous nous proposons de vous faire partager. Mais terminons notre tour d’horizon bibliographique avec un texte de P. Mamet ( Mamet P., « Petits mĂ©tiers », in « L’Almanach de Brioude », 1922, page 122.), qui nous a permis rĂ©cemment d’Ă©largir notre Ă©tude sur le fifre et le tambour au Brivadois (plan n° 2).<diapobis2966|right>

« Les mĂ©nĂ©triers Ă©taient nombreux autrefois. (…) flĂ»tiste avec le fifre Ă  bec ou la petite traversière Ă  clef et enfin les tambours. Quelques-uns des flĂ»tistes Ă©taient talentueux. Je n’ai qu’Ă  citer la flĂ»te artiste de Vezin, de Jacques Boyer, (…), et surtout mon tambour, mon vieux tambour, le père Cornaire de Lavaudieu dit le Bourlat. (…) Le mien (mon tambour) battait les ras de cinq ( Suite de cinq battements en bâtons rompus commencĂ©e et terminĂ©e par la main droite, chaque note percutĂ©e distinctement, sĂ©parĂ©es par un silence, et travaillĂ©es par les deux mains.), et les coups anglais ( Suite de battements en bâtons rompus, le deuxième de chaque main Ă©tant un couo simple, ornementĂ© d’une appogiature brève.) et c’Ă©tait beau, Ă  ses cĂ´tĂ©s cheminait Jacques Boyer dont le fifre aux sons aigus accompagnait le pas redoublĂ© du tambour : tu tu pan pan, comme dit Daudet. (…) A la procession de Saint-Maurice ( La Saint-Maurice est fixĂ©e au 22 septembre et le reinage de Lavaudieu a lieu le dimanche qui suit cette date.), qui se dĂ©roulait Ă  travers les champs et les prĂ©s de la Mèze, les turlututus et les ras de nos deux artistes Ă©taient vraiment impressionnants. Tambour et fifre Ă©taient payĂ©s au forfait par les jeunes gens de la fĂŞte. »

Nous n’avons pas rencontrĂ© de musiciens Ă  Lavaudieu, mais le souvenir de ceux que cite P. Mamet est encore vif et nous ferons appel aux renseignements collectĂ©s sur le Brivadois pour prĂ©ciser, complĂ©ter, ou comparer ce que nous apprenons depuis longtemps dans le Langeadois
LES INSTRUMENTS : TERMINOLOGIE ET ORGANOLOGIE

Les informateurs que nous avons rencontrĂ© dans la rĂ©gion de Langeac utilisent le terme « fifre » en français, ou « fifre » [fyifre] ( Tous les termes occitans sont d’abord donnĂ©s en graphie normalisĂ©e puis en graphie phonĂ©tique Straka.) en occitan pour dĂ©signer les trois types d’instruments qu’ils utilisent. Dans le rĂ©gion de Blesle, des informateurs nous parlant d’un instrument Ă  bec en bois Ă  six trous, utilisaient le terme « pifre » [fyifre]. Par contre, dans la rĂ©gion de Charraix (commune situĂ©e au-dessus de la vallĂ©e de l’allier, Ă  proximitĂ© de la route qui va de Langeac Ă  Sauges), des informateurs nous ont parlĂ© d’un musicien qui utilisait en bal ou pour accompagner les classards (dĂ©tail important de la pratique des joueurs de fifres de la rĂ©gion de Langeac sur lequel nous reviendrons) une « fiula » [fyiuČ“a] qui se dĂ©montait, et qu’il mettait dans sa poche. Chez les trois auteurs, citĂ©s ci-dessus, eux aussi donnent le terme français fifre, Mamet donnant mĂŞme une description sommaire des deux types d’instruments utilisĂ©s. Henri gilbert, Ă©crivain originaire de Chilhac, cite dans les notes Ă©tymologiques de « la covisada » ( Gilbert Henri, « La Covisada », Paris, Librairie Gibert Ă©d. 1923, p.180.), le terme fifre et dit :

« On dansait autrefois la bourrée au son de la chevrette, du fifre et du tambour. »

RĂ©gis Marchessoux ( Marchessoux RĂ©gis, « Velay et Auvergne », RĂ©gis Marchessoux Ă©d., Le Puy-en-Velay, 1903 p.292-294.) nous donne le terme fifre en parlant des instruments qui faisaient danser la bourrĂ©e. Nous pouvons remarquer Ă  partir de ces quelques Ă©lĂ©ments, l’importance du terme fifre qui dĂ©signe soit une flĂ»te Ă  bec Ă  six trous, en bois ou en bakĂ©lite que l’organologie acadĂ©mique ( D’après Tranchefort François-RenĂ©, « Les instruments de musique dans le monde », Tours, Seuil Ă©d., 1980, tome II, coll. Point-Musique, p.13-38.) appelle flageolet de modèle anglais (comme par exemple le Tin whistle), soit une flĂ»te traversière de petite taille Ă  clĂ©, avec de six Ă  huit trous, que l’organologie acadĂ©mique appelle aussi fifre. Le terme « fiula » est souvent utilisĂ© accolĂ© au prĂ©nom du musicien comme « Pierre de la fiula » de Charraix, ou « Joseph la fiula » de Langeac. Les informateurs utilisent le terme fifre pour les instruments se rapprochant de ceux qu’ils utilisent (ex. flĂ»te dite baroque, que possède l’un des musiciens), mais nous n’avons jamais entendu le terme français de flĂ»te. Pour dĂ©signer l’instrumentiste, ni auprès des informateurs, ni dans les livres nous n’avons trouvĂ© de noms, hormis le terme très acadĂ©mique de flĂ»tiste donnĂ© par mamet, mais les musiciens utilisent les phrases : « jogar lo fifre » [dzuga lu fyifre] (jouer du fifre), ou « joga lo fifre », [dzuga lu fyifre] (il joue du fifre).

Le joueur de tambour que nous avons rencontrĂ© joue soit sur un tambour Âľ, soit sur une caisse-claire, qu’il nomme avec les termes de l’organologie acadĂ©mique. Henri Gilbert ( Gilbert Henri, « Countes de la lunaire », Paris, Librairie Gibert Ă©d., 1913, p.32, p.55.) nous donne, dans l’un de ses contes, le terme « tabour » (graphie de l’auteur : « tabor » [tabur] ) pour dĂ©signer l’instrument, et « tabournaire » (graphie de l’auteur : « tambournaire », [tĂŁburnaire], pour dĂ©signer l’instrumentiste. Nous trouvons dans une chanson ( RĂ©gis Marchessoux 1. c. p.300.) du bassin du Puy le mot « tambournayre » (graphie de l’auteur : « tambornaire », [tĂŁburnaire], pour nommer l’instrumentiste.
Du point de vue iconographique, Marchessoux ( RĂ©gis Marchessoux 1. c. h.t.) publie dans son livre la reprĂ©sentation d’une noce de campagne oĂą l’instrumentiste joue du fifre (voir photo n° 1).

roux4-600pxEn ce qui concerne les fifres des trois types utilisĂ©s dans le Langeadois, un paraĂ®t correspondre Ă  ce que prĂ©fèrent ou prĂ©fĂ©raient les musiciens. C’est celui de la photo n° 3 Ă  gauche. Ce fifre a Ă©tĂ© achetĂ© Ă  Langeac chez une Ă©picière par le plus âgĂ© des musiciens que nous connaissons. Nous espĂ©rons trouver dans les carnets de comptes de la dame qui tenait l’Ă©picerie le nom de son fournisseur. Nous pensons que l’instrument de facture peu finie est peut-ĂŞtre de fabrication locale. Le fifre que tient M. Pichot sur la photo N°4 semble identique Ă  celui de la photo N°3. Ce fifre est en buis, le bouchon est fait d’un bois plus tendre. La perce est très lĂ©gèrement conique. Il possède six trous de jeux de diamĂŞtre constant, Ă  peu près rĂ©gulièrement rĂ©partis (nous communiquons le plan de ce fifre). Le sifflet prĂ©sente la particularitĂ© d’avoir une lumière très large (compte tenu que l’instrument que nous avons pu vois a le biseau Ă©brĂ©chĂ©), Ă  ceci, il faut ajouter que l’instrument doit ĂŞtre jouĂ© humide ( L’instrument que nous avons trouvĂ© est fendu en longueur sur sa face postĂ©rieure, Ă©clatement sans doute provoquĂ© par le travail du bec sur le bouchon gonflĂ© par l’humiditĂ©.), (trempĂ© dans du vin, de l’eau parfois bĂ©nite !), ces deux caractères permettant d’obtenir une meilleure puissance sonore. Est-il nĂ©cessaire de prĂ©ciser que nous avons affaire Ă  un instrument de plein vent devant sonner avec un couple de tambour. Ce fifre doit sonner en rĂ©. Nous connaissons deux instruments de ce type qui ne s’est plus trouvĂ© dans le commerce Ă  Langeac Ă  partir de 1923, les musiciens se sont alors procurĂ©s des « fifres » en bakĂ©lite comme celui de la photo n° 3. Ils se procuraient ce type d’instrument Ă  Langeac toujours chez la mĂŞme commerçante.Les deux fifres qu’utilisent les musiciens sont signĂ©s Atlas Ă  Paris.Le fait qu’ils soient en bakĂ©lite prĂ©sent le gros inconvĂ©nient de ne pas absorber l’humiditĂ© du souffle, ce qui oblige les musiciens Ă  souvent les nettoyer pendant le jeu. C’est une des raisons qui font prĂ©fĂ©rer les instruments en bois. Ces fifres sonnent en rĂ©. Sur tous les enregistrements que nous avons rĂ©alisĂ© avec les musiciens du Langeadois, c’est ce type d’instrument qui est utilisĂ©. Le troisième type d’instrument utilisĂ© est un fifre (au sens acadĂ©mique), sans clĂ©, qui a Ă©tĂ© achetĂ© Ă  Paris. Pour les musiciens de Langeac, ce type d’instrument n’Ă©tait pas utilisĂ© lors des reinages. Mais des utilisateurs de ce fifre nous ont Ă©tĂ© citĂ©s Ă  Lavaudieu et Ă  Saint-Eble ; de plus, c’est ce type d’instrument qui est figurĂ© sur les documents iconographiques. En effet, que ce soit Bouillet ( Bouillet J.-B., « Album auvergnat », Moulins, typographie de P.A. Desrosiers Ă©d., 1853, h. t.), publiant deux gravures oĂą sont reprĂ©sentĂ©s des joueurs de fifres, ou que ce soit sur la gravure que publie Marchessoux ( RĂ©gis Marchessoux 1. c. h.t.) (photo n° 2), nous avons affaire Ă  chaque fois Ă  des fifres traversiers. P. Mamet ( P. Mamet l. c. p.122.) nous dit, dans sa très courte description des instruments, « la petite traversière Ă  clef ». Il faut comparer nos trois types d’instruments avec ce qui est appelĂ© en Provence, en Languedoc et en Gascogne « pifre » et au portugal « pifero », qui est toujours un instrument traversier, tandis que pour la Provence ou la Gascogne existent des flĂ»tes ressemblant Ă  notre fifre en buis, par exemple « hlaguta » en Gascogne. Nous pouvons nous demander si nous avons affaite Ă  des types diffĂ©rents en organologie, en terminologie et dans la pratique, qui se trouvent rĂ©unis sur le Langeadois, pour des raisons historiques et culturelles.
Comme nous l’avons dĂ©jĂ  dit plus haut, les tambours (photo n° 5) correspondent Ă  l’organologie acadĂ©mique. Le musicien que nous connaissons prĂ©fère utiliser une caisse-claire ;

LA PRATIQUE

roux5-600pxNoua avons vu que le couple fifre-tambour participait aux reinages. Pour la fĂŞte du fou Ă  Chanteuges, les classards Ă©taient accompagnĂ©s dans leur quĂŞte, pendant la recherche du fou, Ă  l’Ă©glise, par deux fifres et deux tambours (ceci jusqu’en 1950). A Mazeirat-d’Allier (carte n°1), joueurs de fifres et « tabornaires » accompanaient une procession religieuse qui avait lieu pendant le reinage de cette paroisse. A Siauges-Sainte-Marie, les joueurs de fifres et tambours « menaient » les classards durant le reinage. A Vergezac, c’Ă©tait pendant la course aux rubans ( Dans certaines communes du Velay, Ă  la sortie de la messe, tout le monde se rassemble. Les jeunes gens Ă  cheval sans selle, vont dans un prĂ© courir le ruban. Celui qui arrive le premier dans chaque course reçoit des mains d’une jeune fille, un ruban qu’il mettra Ă  sa boutonnière ou Ă  son chapeau.) que fifres et tambours jouaient. A Lavaudieu, la Saint-Maurice, reinage de cette paroisse, rĂ©unissait MM. Boyer, Vezin, Coraire, pour accompagner les classards lors de la procession qui se dĂ©roulait Ă  la Mèze. Il apparaĂ®t avec ces quelques exemples que le couple fifre-tambour avait un rĂ´le important lors des processions, des quĂŞtes et des jeux qui ont lieu pendant les reinages.

20120703091551674_0003-72dpi-p6Sur la photo n° 6, nous voyons trois musiciens de Chanteuges poser avec les classards acteur de la fĂŞte du fou. Ces musiciens sont très liĂ©s aux classards, d’ailleurs comme nous le dit P. Mamet, et comme nous l’ont expliquĂ© les informateurs, les joueurs de fifre et tambours Ă©taient « embauchĂ©s » et payĂ©s sur la quĂŞte rĂ©alisĂ©e par les classards ( Les musiciens de Chanteuges recevaient des classards dans les annĂ©es 1920-1925, 50 F pour la journĂ©e.), alors que les musiciens de bal Ă©taient payĂ©s Ă  la danse ou par des quĂŞtes qu’ils rĂ©alisaient eux-mĂŞmes au cours du bal ( A Langeac Ă  la mĂŞme Ă©poque, les deux danses coĂ»taient 2 sous dans les bals les jours de foire.). Le couple fifre-tambour est un Ă©lĂ©ment important du rite de passage qu’accomplissent les classards. Dans le cas de la fĂŞte du fou, il nous apparaĂ®t comme un des symboles culturels, peut-ĂŞtre le plus important, qui relie les classards Ă  la communautĂ© cuturelle et les aide dans leur lutte contre l’inculture du prĂ© et de l’isolement du fou, lutte qui sera gagnĂ©e par les classards pour accomplir leur « passage ». Le plus important, car participant du dĂ©but de la quĂŞte du samedi après-midi, jusqu’au bal du dimanche soir, tandis que les autres, drapeaux, piques, boissons alcoolisĂ©es, cris des classards, encouragements de la foule, ne sont prĂ©sents qu’Ă  des moments prĂ©cis.

La diffĂ©rence de pratique entres les joueurs de fifres et de tambours qui accompagnent les classards pendant les reinages et les joueurs de « chabreta », violon, ou accordĂ©on qui eux, jouent aux bals organisĂ©s pour les classards pour le reinage ou le retour-de-reinage ( Le retour-de-reinage ou retour-de-vogue, pendant lequel est organisĂ© un bal, a lieu le dimanche qui suit le reinage.) semble crĂ©er deux modes musicaux, ayant Ă  remplir un rĂ´le social distinct ( Les hautbois de « chabreta » que nous avons trouvĂ© dans la zone d’utilisation du fifre sonnent presque tous en rĂ©.). Ceci pouvant se trouver confirmĂ© par l’insistance des musiciens Ă  se reconnaĂ®tre de l’un ou de l’autre ; tel joueur de fifre affirmant qu’il n’a jamais jouĂ© en bal, ou tel accordĂ©oniste disant que les quĂŞtes et les processions « c’est pour les joueurs de fifres ». Mais les joueurs de fifres pouvaient faire danser quelques bourrĂ©es Ă  la sortie de la messe ou le soir au bal. Ce qui permet d’insister sur la diffĂ©rence de rĂ©sultats que peut donner l’Ă©tude du discours ou l’Ă©tude de la pratique ; les musiciens nous ont affirmĂ© (fermement, et parfois avec Ă©nervement) ne pas avoir jouĂ© en bal, tandis que les discussions avec les danseurs font apparaĂ®tre le contraire.

Les deux joueurs de fifres que nous connaissons ont appris vers l’âge de dix ans avec M. Pichot (photo n° 4), il est Ă  signaler que que tous les enfants de mĂŞme gĂ©nĂ©ration que ces musiciens avaient un fifre qu’ils pouvaient se procurer pour cinq sous Ă  Langeac. Ils ont commencĂ© Ă  accompagner la fĂŞte du fou avec Pichot Ă  l’âge de treize ans. Les joueurs de tambours apprenaient Ă  jouer, pour ceux que nous connaissons dans le Langeadois, Ă  la fanfare locale. Mais ce n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas toujours le cas, car le nombre de joueurs autres que les musiciens de fanfare est très Ă©levĂ©. La plupart de ces « tabornaires » isolĂ©s jouaient aussi pour la classe.

Suite Ă  ce que nous venons de dire, le rĂ©pertoire est très liĂ© aux quĂŞtes et aux processions. A Chanteuges, les musiciens connaissent six marches, quelques bourrĂ©es et quelques valses. Parmi ces six marches, on reconnaĂ®t la « iouska » et le « brise-pied » : « d’oĂą viens-tu petit Bossu ? ». Les quatre autres marches nous Ă©taient jusqu’alors inconnues et ont un caractère très mĂ©ridional (on nous excusera de ce qualificatif trop subjectif). Nous publions la partition de celle qui Ă©tai jouĂ©e Ă  l’Ă©lĂ©vation. Ce rĂ©pertoire peut paraĂ®tre très restreint mais est surtout très spĂ©cialisĂ© et confirma la spĂ©cialisation de la pratique sociale du couple fifre-tambour.

Au niveau technique, les joueurs de fifres utilisent la plupart du temps l’octave supĂ©rieure de leur instrument qu’ils obtiennent en augmentant leur souffle, pratiquement sans modifier leur doigtĂ©. Les fioritures mĂ©lodiques sont peu importantes mais l’attaque et la modulation des notes sont très accentuĂ©es. L’un des musiciens change d’octave au cours de son jeu et fait aussi une tierce sur deux bourrĂ©es, ce qui pourrait prĂ©senter le groupe 2 fifres, 2 tambours comme un ensemble polyphonique. Il nous a Ă©tĂ© signalĂ© le trio fifre-chabrette-4 tambours, qui, dans l’utilisation de deux instruments mĂ©lodiques, recherchait peut-ĂŞtre une certaine forme polyphonique (?). Le fifre est gĂ©nĂ©ralement tenu de travers dans la bouche. La fermeture des trous est obtenue par l’articulation de la première et de la deuxième phalange et parfois le troisième trou est ouvert par glissement de l’index !

EN GUISE DE CONCLUSION

4 M. Pichot était passeur sur l’Allier à Pourcheresse. Le fifre qu’il tient dans ses mains semble identique à celui de M. Sicard J. (14/01/1982). Photo aimablement communiquée par Eric Roux.
4 M. Pichot était passeur sur l’Allier à Pourcheresse. Le fifre qu’il tient dans ses mains semble identique à celui de M. Sicard J. (14/01/1982). Photo aimablement communiquée par Eric Roux.

Notre recherche au bout de deux ans de travail commence Ă  nous permettre d’Ă©laborer quelques hypothèses sur un sujet jusqu’alors peu abordĂ© dans le Massif Central, et Ă  mesure de l’avancement du travail les donnĂ©es s’accumulent et la rĂ©gion d’Ă©tude s’Ă©tend. Nous connaissont maintenant neuf joueurs de fifre sur le Langeadois dont le souvenir est encore vivace, et douze joueurs de tambours ayant pratiquĂ© pendant les reinages.

De plus, les classards de Chanteuges souhaitent de nouveau mener la quĂŞte et la recherche du fou par les fifres et tambours…

Les recherches ont Ă©tĂ©, en partie, menĂ©es dans le cadre de l’I.E.O. Haute-Loire. Merci Ă  Jean Roux, membre de cette association, pour son aide Ă  la transcription occitane.

Eric Roux – Mai 1984.

Je tiens Ă  remercier pour leur accueil et leurs enseignements tous les musiciens que j’ai rencontrĂ©s au cours du travail d’enquĂŞte dans le Langeadois, et plus particulièrement M. et Mme Sicard Joseph, M. Sicard RenĂ© et M. Robert, joueurs de fifres et de tambours.


7) Documents annexes

Fac-similé de la flûte du « père Maurissou » (copie effectuée par l’atelier de lutherie du Conservatoire Occitan de Toulouse). Seul le modèle de clef n’est pas conforme à l’original.

 

Fifre en ébène ayant appartenu au grand-père de M. Daniel Boisserie, qui était joueur de fifre et de flûte dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche (87) au début XXe siècle.

 

Flûte ayant appartenu au grand-père de M. Daniel Boisserie, qui était joueur de fifre et de flûte dans la région de Saint-Yrieix-la-Perche (87) au début XXe siècle.

Carte postale ancienne communiquée par Eric Roux.

PHOTO-2-JM

Extrait de l’article de Pierre-François Fournier (« Le piédestal de croix de Nébouzat et les bourrées d’Auvergne », dans « Auvergne – Cahiers d’études régionales », N°121, L’Auvergne Littéraire 1947).||