
Dans cet article, je vous propose un répertoire réuni et arrangé en 2018 pour les ateliers de violon et de chant du CRMTL à Seilhac, à l’occasion de la préparation d’un concert sur le thème de la forêt et des bois. Ce concert n’a été réalisé et joué que partiellement. Il se proposait d’explorer les différentes facettes de la chanson traditionnelle (en Limousin) rattachées à ce thème central riche en significations. Du point de vue musical, ce thème permettait aussi de souligner la parenté entre la musique de trompe de chasse et la musicalité traditionnelle : gamme non tempérée, harmonies consonantes naturelles, profils mélodiques etc. Ce pont entre les deux répertoires était inspiré et rendu possible par la présence d’un membre de l’atelier de violon pratiquant également la trompe de chasse, ainsi que d’un autre musicien proche, pratiquant à la fois la cornemuse et la trompe. Ce programme était aussi l’occasion de pratiquer des polyphonies simples convenant très bien aux violons.
En préparant ce concert, j’ai donc puisé dans plusieurs recueils anciens destinés au cor de chasse, mais « qui peuvent aussi se jouer sur les vielles, musettes, violons, hautbois et autres instruments », comme il est souvent mentionné. À cette époque où ces univers ne sont pas encore cloisonnés, le cor de chasse pouvait jouer des airs de danse et autres tels que des menuets, gavottes, marches et autres airs dans divers contextes, en dehors du monde de la chasse. Précisons que l’on réserve l’appellation de « trompe », plus correcte organologiquement, à l’instrument joué dans le contexte et le répertoire cynégétiques (en tonalité de ré, bien que sa musique soit écrite traditionnellement en do). L’appellation de cor, plus populaire, désigne un instrument similaire, (qui peut être en mi bémol), mais utilisé dans dans d’autres contextes : musique militaire, batteries-fanfares, musique de concert classique etc.

Les prédécesseurs de ces instruments dans la chasse étaient bien de vrais cors, définis comme instruments à perce intérieure conique, forme naturelle des cornes animales puis de leur imitation dans d’autres matériaux. En revanche, à partir du XVIIe siècle, on a continué à nommer « cors de chasse » les instruments à perce cylindriques (donc de la famille organologique des trompes et trompettes) qui les ont remplacés. Aux XVIIe et surtout XVIIIe siècles, ces instruments sont utilisés dans la musique de fanfares de chasse, dont le développement est permis par leurs possibilités musicales accrues, mais aussi dans d’autres musiques, en combinaison avec d’autres instruments : musiques de danse, de salon, symphonies etc. A cette époque l’instrument est le même dans les deux utilisations : on parle aujourd’hui de cor baroque ou de cor naturel pour désigner l’instrument de concert.
L’évolution de celui-ci va commencer à diverger d’avec celle de l’instrument de chasse au milieu du XVIIIe siècle, quand des facteurs français vont ajouter des « corps de rechange », tours de tubes supplémentaires permettant de modifier la tonalité de l’instrument. On commence aussi à utiliser des techniques consistant à boucher partiellement le pavillon avec la main, pour produire les notes manquantes, qui n’appartiennent pas à la série harmonique de base. Après diverses recherches pour augmenter les possibilités du cor, l’invention en 1815 des pistons va précipiter son évolution, passant du cor naturel au cor d’harmonie chromatique (les deux instruments ayant longtemps cohabité dans la musique classique).
On trouve dans les répertoires traditionnels beaucoup d’échos du style mélodique associé au cor de chasse : son échelle défective est fondée sur la gamme des harmoniques, et s’insère naturellement dans la musique à bourdons. Certains airs traditionnels semblent d’ailleurs directement dérivés d’airs de trompes. La manière polyphonique des trompes de chasse et des trompettes naturelles (voix de « seconde » et éventuellement troisième voix dite « basse »), créée aux XVIIe-XVIIIe siècles, et très typée en raison du respect de cette gamme défective, peut s’appliquer très facilement à nombre de mélodies traditionnelles.
Dans le présent article, vous trouverez donc les enregistrements, partitions et paroles des airs et chansons retenus à l’époque pour cette création, avec parfois des arrangements personnels (créations de voix supplémentaires sur des airs traditionnels, montages de paroles d’après plusieurs versions), qui sont mentionnés dans les documents.

Je donne ici les références des recueils-sources :
Musiques anciennes
- « Trios de la Chambre du Roi », (Jean-Baptiste Lully, LWV 35) (air 02)
- « Brunettes, ou Petits airs tendres avec les doubles et la basse-continue, mêlées de chansons à danser. Recueillies et mises en ordre par Christophe Ballard » (1703) (paroles de l’air 02)
- « Les Plaisirs de la Chasse – recueil de nouvelles fanfares » (N. Tellier, début XIXe siècle) (airs 07 et 08)
- « Fanfare nouvelle à deux dessus sans basse convenable pour le cor de chasse, trompette, hautbois, flûte, violon et autres instruments » (Jacques Rebour, Hautbois des Mousquetaires Noirs, vers 1730) (airs 00, 29 et 30)
- « Fanfares nouvelles, pour deux cors de chasse, ou deux trompettes. Et pour les musettes, viéles, et haubois. » (par M. D***, 1768) (air 15)
- « Livre contenant diverses pièces pour deux cors de chasse, trompettes, flutes traversiers ou hautbois » ( Jacques-Christophe Naudot,1733) (air 10)
- « Les plus belles fanfares de chasse / transcrites et revues par M. Boursier de La Roche. » (1930) (airs 16 et 21, repris d’après des recueils plus anciens)
Recueils de chansons traditionnelles
- « Chants et chansons populaires du Limousin » (L. Branchet, J.-B. Chèze, J. Plantadis, Revue Lemouzi N°136, octobre 1995) (chansons 01, 03 à 06, 09, 11 à 14, 18, 20, 22, 26, 27)
- « Chansons populaires et bourrées recueillies en Limousin avec musique, traductions et annotations musicales » (François Celor, 1904) (chansons 09, 25)
Collectes sonores
- Léon Peyrat (Saint-Salvadour 19) (airs 03, 17, 23, 23, 27)
- Frères Trarieux (Payzac, 24) (air 09)
- Jean Lamoure (Pandrignes, 19) (air 18)
- Léon Bonis (Saint-Robert, 19) (air 19)
- André Rigal (Ussel, 19) (air 24)
- Élie Chamberet (Orliac-de-Bar, 19) (air 28)