SOMMAIRE

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

VARIANTES MUSICALES ET TEXTUELLES

LA NOTATION DES TEXTES

NOTATION DES HAUTEURS : ÉCHELLES ET INTERVALLES

STRUCTURE DES CHANSONS

CHANSONS À RYTHME LIBRE

CHANSONS MESURÉES À TROIS TEMPS

CHANSONS À REFRAIN DE TYPE RONDE

BOURRÉES

LE RÉPERTOIRE

DISCOGRAPHIE – BIBLIOGRAPHIE

 

INTRODUCTION

Ce recueil présente une partie du répertoire chanté de Léon Peyrat, d’après des enregistrements réalisés entre 1977 et 1988 à Saint-Salvadour (1) (2). Violoneux exceptionnellement riche en répertoire et en fantaisie créatrice, Léon Peyrat était également un chanteur émouvant, que l’on peut désormais entendre sur plusieurs publications sonores (3).

Si on se fie à ses déclarations, Léon Peyrat n’avait jamais été intéressé par les chansons, sinon à titre d’aide-mémoire pour retenir les mélodies. Ceci semble toutefois démenti par l’étendue du répertoire engrangé dans sa mémoire. Pendant une dizaine d’années, au fil des rencontres et au hasard des associations d’idées, ont surgi en nombre des chansons de toutes sortes : en occitan et en français, drôles, graves ou tendres, longues ou courtes. Beaucoup se rattachent à un fond général de la chanson traditionnelle francophone ou occitanophone, d’autres paraissent très régionales, voire locales. Parfois, de simples couplets isolés offrent un instantané moqueur de la vie locale sur un rythme de bourrée. D’autres couplets, fragments survivants de chansons plus longues, ouvrent de petites fenêtres sur un paysage mystérieux, laissant tout à imaginer.

On retrouve cette variété dans le présent recueil et le suivant, où les proportions respectives des différents types de chansons (d’après tous les critères : langue, thèmes narratifs, forme musicale) sont représentatives de l’ensemble du répertoire enregistré (4). Cet ouvrage n’a pas la prétention d’être un relevé ethnomusicologique, mais veut proposer ce répertoire sous une forme utilisable aux chanteurs d’aujourd’hui. Les chansons recueillies appelaient donc un traitement différencié suivant leur « état » donné par les enregistrements. J’ai choisi de grouper dans ce premier volume des chansons en donnant le texte tel qu’il a été chanté par Léon Peyrat (Les quelques exceptions sont toujours signalées, et les ajouts ou modifications notés entre parenthèses) (5). En ce qui concerne les musiques, j’ai essayé d’être aussi précis que possible, avec toutefois certains partis pris de notation que je détaillerai plus loin.

J’ai regroupé les pièces suivant leur forme musicale d’abord et ensuite textuelle, et non suivant les thèmes narratifs abordés. En écoutant les chansons de Léon Peyrat, quelques grandes familles de mélodies se dégagent. Chacune appelle des choix particuliers dans la transcription musicale, ainsi que des remarques générales sur l’interprétation. Les remarques éventuelles sur les textes sont données à chaque chanson, et je renvoie à chaque fois que c’est possible à l’identification du type de la chanson dans le « Répertoire des chansons françaises de tradition orale » de Patrice Coirault (Bibliographie 10), où sont recensées les études existantes sur chaque chanson-type ainsi qu’un grand nombre de références de versions publiées, permettant toutes les comparaisons.

On a maintes fois souligné les difficultés de la transcription des œuvres de la tradition orale : quand on est conscient que la variabilité est une donnée essentielle de ce domaine culturel, il est difficile d’échapper à l’impression de trahir, de défigurer en simplifiant, dès qu’on s’attaque à ce travail. Les difficultés sont multipliées quand on vise à favoriser la pratique actuelle de ces répertoires par une publication écrite, sans figer une pièce donnée dans une unicité qui serait un contresens. En effet, dans notre société où une chanson est un objet écrit, fini, délimité et répertorié à la S.A.C.E.M., la liberté du chanteur par rapport à son répertoire ne va plus de soi. L’art de la variation par petites touches dans le texte aussi bien que dans la mélodie, la liberté dans les intervalles, les ornements et la métrique musicale, la capacité d’adapter un même air à des textes différents (et réciproquement) ne font plus partie du bagage courant aujourd’hui. C’est pourquoi ce recueil ne se passe pas de quelques explications relativisant les notations proposées, une sorte de « mode d’emploi ». On verra ainsi que les remarques sur les difficultés ou les insuffisances de la notation sont autant d’espaces ouverts à la liberté d’interprétation du chanteur d’aujourd’hui, qu’il cherche ou non une forme de fidélité aux styles des chanteurs traditionnels.

D’autre part, l’écoute de ces chanteurs reste irremplaçable pour saisir quelque chose de leur manière de chanter, dans toutes les dimensions qui échappent complètement à la transcription, et qui génèrent l’émotion de l’auditeur. Il faut prendre pleine conscience de l’écart qui sépare l’apparence parfois anodine d’une chanson sur le papier, de la force de l’émotion communiquée lors d’une interprétation vivante : alors seulement peut-on tenter de réinsufler cette vie à partir d’un recueil écrit. Je souhaite donc que celui-ci ne soit qu’une étape transitoire, une remise en circulation de ces chansons dans un parcours normal, c’est-à-dire de bouche-à-oreille.

 

Notes :

1) Léon Peyrat, né en 1905 et décédé en 1988, vivait à Roux de Saint-Salvadour, en Corrèze. Les enregistrements sur lesquels j’ai travaillé viennent de collectages effectués par Christian Oller, Jean-Michel Ponty et Jean-Pierre Champeval (avril 1977); Olivier. Durif (janvier et mars 980, février 1981, mai 1985), J.-P. C. et O. D. (janvier, mars et avril 1978); O. D., C. O. et J.-P. C. (mars 1978, mai 1979, octobre 1979); O. D. et Sylvie Heintz (août 1982, sans date de 1983, janvier 1983); O. D. et C. O. (printemps 1980); Françoise Étay et Jan Dau Melhau (janvier 1988).

2) Un second volume devrait prochainement proposer la suite de ce répertoire.

3) : Voir la discographie à la fin de l’ouvrage.

4) Les documents d’après lesquels j’ai pu travailler ont fourni plus de 120 pièces chantées différentes.

5) Le second volume sera consacré à des chansons souvent plus fragmentaires, mais dont l’intérêt textuel et musical donne envie d’en chanter plus long. Je proposerai donc un complément aux textes, en puisant dans des versions apparentées, connues grâce à d’autres sources, régionales ou non (toujours de façon signalée).

 

 

VARIANTES MUSICALES ET TEXTUELLES

 

Dans l’ensemble des chansons considérées pour ce recueil, la plupart de celles pour lesquelles on dispose de plusieurs interprétations enregistrées présentent des variantes notables, dans le texte ou la musique (1) (Chacun des paragraphes suivants donnera des exemples de ces variantes). On peut penser que chacune des autres chansons aurait présenté la même variabilité si on avait pu comparer un grand nombre d’interprétations. Une chanson notée d’après une source unique donne une impression de cohérence, d’un objet fini aux contours nets, qui est sans doute tout à fait trompeuse dans le cas de ce répertoire. La comparaison de sources plus nombreuses rend plus floues les délimitations de chaque chanson, mais est précieuse pour observer les éléments variables ou invariants, et mieux comprendre le chanteur et son style.

Variantes de textes

On peut ainsi trouver chez Léon Peyrat des textes différents sur un même air ou des airs proches, une chanson empruntant l’air d’une autre, des versions d’un même texte sur des airs et avec des refrains complètement différents. De nombreux paramètres, aux choix du chanteur, rendent l’interprétation différente à chaque fois : des tournures mélodiques ou des formulations de paroles sont changées (Par exemple le N°3 « Voulez-vous entendre… », dont trois enregistrements différents permettent de relever de nombreuses variantes textuelles de détail) ; les couplets ne sont pas toujours tous chantés, des paroles sont actualisées en citant des gens présents de façon humoristique (Voir N°47), des commentaires sont intercalés. Il faut savoir de plus que Léon a composé quelques chansons, ainsi que « bricolé » consciemment des chansons existantes.

Variantes mélodiques

Nombre de variantes mélodiques données ici concernent le premier couplet (ou les tout premiers) d’une interprétation, la mélodie tendant ensuite à se stabiliser. Il serait trop facile de ne voir dans ce phénomène que le fonctionnement d’une mémoire imparfaite, retrouvant « la bonne mélodie » après quelques tâtonnements. Il est sans doute plus juste de se représenter une chanson comme un itinéraire à embranchements multiples, parcouru de façon différente à chaque fois par le chanteur.

C’est souvent dans le premier couplet que se glissent les réminiscences de mélodies voisines, des formules interchangeables servant de passerelles, entre lesquelles le chanteur choisit pour la suite de son interprétation. Cela peut l’amener à chanter toute une chanson sur un autre air que d’habitude : une fois, il chante entièrement le N°4 sur l’air le plus souvent associé au N°3. Comme dans cet exemple, une structure métrique commune facilite ces échanges d’une chanson à l’autre.

Premier couplet particulier

Dans plusieurs cas, on a un texte du premier couplet nécessitant par sa structure un aménagement de la mélodie par rapport à celle des autres couplets (quelques syllabes de plus dans le N°5, deux syllabes manquantes dans le N°20, deux vers manquant dans le N°19, deux vers de plus introduisant un développement mélodique dans le N°15). Dans ces cas, j’ai d’abord donné la forme mélodique moyenne des autres couplets, puis la forme exceptionnelle du 1er couplet, puis éventuellement une proposition d’adaptation du texte du 1er couplet à la mélodie moyenne.

Ornements et mélismes

J’ai en général noté les fioritures mélodiques les plus audibles, sous forme de petites notes quand elles sont très brèves (ornements) et en notes normales quand il s’agit plutôt de mélismes (plusieurs notes de durée comparable liées sur une même syllabe). Il est difficile d’être rigoureux et exhaustif dans la notation de ces ornements (surtout dans les airs en rythme libre), qui sont changeants et parfois très discrets. Sur ce point comme sur d’autres, d’autres choix que les miens seraient tout aussi légitimes.

Adaptation de la musique au texte

Quand on trouve deux syllabes sous une seule note de la partition donnée, il faut, soit contracter les sons en une seule syllabe, soit dédoubler la note : j’ai préféré laisser en notation la mélodie sur laquelle sont chantés la majorité des couplets (Exemple du 1er cas : N°2 dernière mesure, chanter « Je s’rai »; exemple du second cas : N°3, première mesure, dédoubler le sol sous « Vou-lez »).

Depuis les collectages du XIXe siècle, on a maintes fois constaté chez les chanteurs paysans la capacité d’adapter souplement un air à des couplets de métrique un peu différente. Il peut s’agir simplement de dédoubler des notes quand il y a « trop » de syllabes par rapport au nombre de notes de la mélodie moyenne, mais on peut arriver aussi à d’importants remaniements mélodiques (Voir par exemple ici le 1er couplet du N°15). Pour qui cherche une pratique contemporaine de ce répertoire, il y a là une leçon de liberté à prendre, pour se rendre capable de suivre mélodiquement d’éventuelles variantes de textes, qui peuvent elles-mêmes être partiellement improvisées. À chacun de trouver ses propres tournures quand il rencontre ce cas.

 

Notes :

1) Chansons notées d’après un enregistrement unique : N° 2, 5 à 7, 10, 12 à 14, 16, 18 à 21, 24, 25, 27, 29, 30, 32 à 38, 45, 46, 48, 49; d’après deux enregistrements : N° 8, 9, 11, 17, 22, 23, 26, 28, 31, 39, 41, 43, 50; d’après trois :  N° 1, 3, 4, 40, 42, 44, 47; d’après quatre : N°15.

 

 

NOTATION DES TEXTES

 

Toutes les chansons sont ici désignées par leur incipit, c’est à dire les premiers mots des paroles. L’attribution systématique d’un titre fixe à chaque chanson est une habitude plutôt littéraire, relativement étrangère aux chanteurs de tradition orale. Pour la même raison, j’ai choisi de ne pas mettre de ponctuation dans la transcription des paroles, pour éviter de donner une fausse apparence de littérature écrite à des textes qui n’en sont pas, et aussi de fixer et d’imposer une interprétation réductrice.

Dans les chansons comportant un refrain, celui-ci a été écrit en italique. Par souci de légèreté, je n’ai en général donné la structure complète que du premier couplet, les autres étant construits à l’identique.

Les occitanismes dans un texte français (et les francismes dans un texte occitan) ont été écrits en italiques. Quand ils apparaissent dans un refrain lui-même déjà en italiques, je les ai placés entre guillemets.

 

 

NOTATION DES HAUTEURS : ÉCHELLES ET INTERVALLES

 

La tonalité

Par convention personnelle et commodité de lecture, j’ai choisi de noter tous les airs, quelle que soit la hauteur réelle de l’interprétation, avec une tonique en Sol (ce qui ne préjuge pas de l’échelle utilisée). Je considère en effet que la notion de hauteur absolue n’a aucune pertinence dans cette musique. Les interprétations d’une même chanson, quand on peut en comparer plusieurs, sont dans des tonalités parfois très différentes, suivant un grand nombre de paramètres non contrôlables, tels que la forme physique du chanteur et son âge au moment de l’enregistrement, la tonalité d’un autre air joué immédiatement avant et restée dans son oreille, etc. (Par exemple le N°40, en trois enregistrements différents, est chanté en La bémol, en Ré bémol et en Fa). Quelquefois Léon, ayant commencé dans une tonalité trop grave qui ne lui convient pas, monte graduellement sans interrompre son chant, jusqu’à trouver une hauteur plus confortable. Il faut aussi tenir compte des légers changements de vitesse induits par la lecture sur différents appareils et les copies d’enregistrements, qui peuvent aboutir à un changement de hauteur très sensible par rapport à l’interprétation réelle d’origine.

Pour toutes ces raisons, il me paraît plus pratique (et guère plus infidèle) de tout reporter dans une tonalité conventionnelle, qui évite les notes en dehors de la portée ainsi que l’accumulation d’altérations surchargeant inutilement la partition. Cela permet en outre de comparer beaucoup plus facilement les mélodies entre elles. Les hauteurs données étant donc relatives et non absolues, chacun doit se sentir absolument libre de chanter ces mélodies à la hauteur lui convenant le mieux.

 

Les échelles

L’utilisation d’échelles particulières, non tempérées et à degrés éventuellement mobiles, donne une couleur remarquable au chant de Léon Peyrat, comme à beaucoup d’autres chanteurs et musiciens de tradition populaire. Cette couleur n’est pas restituable par la notation solfégique conventionnelle, à moins d’emprunter aux musiques orientales un codage complexe des micro-intervalles, ce qui rendrait difficile l’accès de ces notations.

J’ai donc choisi de privilégier la simplicité de lecture, en essayant de donner, avec les pauvres intervalles du solfège basique, la meilleure approximation possible de ce que chantait Léon. Il faut se reporter aux publications sonores pour se faire une idée exacte de ce style, et éventuellement s’en imprégner pour « recolorer » mes notations (On peut aussi bien sur se contenter de les chanter telles qu’elles sont notées).

 

Le septième degré

Dans ces échelles dites non tempérées, un trait fréquent est un septième degré « intermédiaire », plus bas qu’une sensible. Ici, dans notre notation en sol, il s’agit donc du fa, qui est souvent entre fa bécarre et fa dièse. Cette note intermédiaire, avec ses diverses nuances, donne une couleur caractéristique, fréquente dans les traditions populaires françaises (chant, violon, cornemuses). Cette note peut être stable au cours de la chanson : dans ce cas, j’ai choisi de noter à la clef un fa dièse (quand la couleur générale est plutôt majeure) ou rien du tout (quand cette note, assez basse, tend vers un fa naturel) (Voir par exemple le N°23 « Le mois de mai » avec une version mélodique dans chacun de ces deux cas).

Elle peut aussi être mobile, passer d’une couleur à l’autre en cours de chanson. On peut par exemple dans le N°41 « Lo merle », sentir un phénomène d’attraction : dans un mouvement mélodique montant, un septième degré haut, attiré par la tonique sol (noté ici fa dièse); dans un mouvement descendant, un septième degré plus bas, en position franchement intermédiaire, attiré par le ré grave (noté ici par approximation fa naturel) (voir aussi N°17).

Ces nuances sont aussi particulièrement sensibles dans les formules conclusives de certains airs (par exemple N°1 et N°3), où le fa précédant le sol conclusif est en position intermédiaire : il est impossible de le traduire par dièse ni bécarre.

D’une manière générale, chaque fois que j’ai noté fa naturel (ou bécarre), la note chantée réellement par Léon était légèrement plus haute, et quand j’ai noté fa dièse, elle est souvent un peu plus basse.

 

Le troisième degré

Ce degré est important dans notre culture musicale occidentale, car il différencie un mode majeur (quand il est haut, ici si naturel) d’un mode mineur (quand il est bas, ici si bémol). Il est donc assez dépaysant d’entendre, comme chez Léon Peyrat (1) des mélodies où ce degré occupe une position intermédiaire (tierce neutre), ou même mobile, ce qui donne à certaines chansons un très beau climat d’ambiguïté modale  (N° 1, 3, 4, 9, 11, 15, 28).

Quand on peut comparer différentes interprétations de ces chansons, certaines donnent l’impression de tendre globalement plutôt vers le majeur, d’autres tendraient plus vers le mineur. Certaines semblent passer graduellement au cours de chaque couplet d’un climat plutôt mineur à un climat plutôt majeur (N°3, 4, 11).

J’ai donc tenté, au moyen des intervalles usuels, de suggérer ces glissements par des altérations accidentelles, mais il faut savoir qu’en réalité l’effet est beaucoup plus subtil, car il porte sur des nuances d’intervalles plus petits que le demi-ton. D’autre part, je propose une version musicale unique pour une chanson donnée, alors que ces colorations peuvent changer d’un couplet à l’autre et d’une interprétation à l’autre.

Le sixième degré

Le sixième degré (dans notre notation, le mi) est moins fréquent dans les échelles utilisées dans ce répertoire. Quand on le rencontre dans le haut de l’échelle, il peut aussi occuper une position intermédiaire (entre mi et mi bémol) (par exemple N°4).

 

Conclusion

Pour toutes les autres chansons du recueil, je n’ai pas relevé de degrés variables aussi flagrants : l’échelle me paraît relativement fixe au cours de la chanson, mais les valeurs ne sont jamais exactement celles d’une gamme tempérée (2). L’observation du style de Léon Peyrat me semble ouvrir un champ de liberté au chanteur actuel en ce qui concerne l’intonation : il fournit un exemple (à ne pas dogmatiser bien sûr) pour une recherche sur les finesses du climat modal, quitte à rompre avec le simplisme d’une théorie musicale bien éloignée des réalités de la musique populaire. À chacun donc de trouver son interprétation, sa justesse, sa cohérence.

 

Notes :

1) Voir aussi d’autres violoneux et chanteurs du Massif Central, par exemple Alfred Mouret, Joseph Perrier, Louise Reichert (Voir discographie).

2) Laquelle est une abstraction, qui ne s’est généralisée que relativement récemment dans la musique savante occidentale afin de permettre aux instruments de jouer commodément de façon égale dans toutes les tonalités.

 

 

STRUCTURE DES CHANSONS

 

Il m’a paru commode pour le futur lecteur de ce recueil, de mettre autant que possible en valeur la structure des chansons dans la mise en page. J’ai donc aussi souvent que possible fait occuper une ligne de partition à chaque phrase musicale. On ne s’étonnera donc pas de trouver des mesures coupées en deux, dont la deuxième partie est rejetée à la ligne suivante quand elle constitue le début en anacrouse de la phrase suivante (cela simplifie notamment l’écriture des barres de reprise).

Les répétitions de parties sont souvent sujettes à variations chez Léon : parfois une partie est doublée, mais de façon non systématique au cours d’une interprétation ; parfois une partie est systématiquement doublée dans une interprétation, et systématiquement non doublée dans une autre interprétation de la même chanson. J’ai placé des barres de reprises pour toutes les parties doublées même de façon occasionnelle. Il faut donc se souvenir que la présence ou l’absence de barres de reprises n’est nullement contraignante, et que chaque chanteur est libre de choisir la structure qui lui convient le mieux.

CHANSONS À RYTHME LIBRE

 

Ces chansons constituent une forte proportion du répertoire : le tiers de la totalité des chansons relevées dans les documents dont j’ai eu connaissance. J’utilise le terme de rythme libre pour caractériser un type d’interprétation non mesurée, sans pulsation marquée ni rigidité des durées respectives de notes. Le rythme est plutôt déterminé, de façon souple, par le rythme des mots et de la respiration. C’est une sorte de déclamation, qui contient quand même des motifs rythmiques, sans que ceux-ci puissent s’inscrire rigoureusement dans une pulsation régulière.

Il s’agit souvent de chansons narratives ou dialoguées, d’une certaine longueur ; la forme des textes est en général strophique sans refrain (parmi les trois exceptions, les N°12 et 22 sont aussi présentes dans ce répertoire sous forme mesurée de rondes N°29 et 31) Parmi beaucoup de thèmes liés à l’amour, aux séparations (départ du garçon pour l’armée, abandon d’une fille enceinte,…) il y a quelques chansons au ton plus léger, satirique ou bachique.

Plutôt que de trahir la souplesse du débit rythmique de ces chants par des valeurs rythmiques et des indications de mesure inappropriées, j’ai choisi un type de notation volontairement très simple, qui me paraît faciliter la lecture et la ré-interprétation. J’ai d’abord fait apparaître la structure du couplet, en séparant par des barres de mesures les incises correspondant aux unités de texte, c’est à dire à chaque ligne des paroles.

En ce qui concerne la notation rythmique, j’ai seulement différencié des notes plutôt courtes et d’autres plutôt longues, figurées respectivement par des noires et des blanches. Elles n’ont pas de hampe, car elles ne figurent pas des durées précises avec un rapport fixe entre elles, mais donnent une indication générale, qui reste floue et souple. On trouve la plupart du temps les notes tenues à la fin des phrases. J’ai noté des longues (blanches) en cours d’incise, seulement quand la note en question est allongée sensiblement, et toujours au même endroit d’un couplet à l’autre. D’autres syllabes peuvent aussi être allongées, mais de façon plus variable selon les couplets : je les ai donc laissées noires. Les notes « courtes » noires ne sont donc pas du tout égales entre elles en durée, ni forcément au cours de la chanson.

Pour un chanteur peu familiarisé avec ce type de répertoire, il me semble qu’un bon point de départ peut être de suivre le rythme pris naturellement par les mots dans le discours parlé, avec un débit un peu ralenti et en prolongeant les fins de phrase. Les paroles ou la ligne mélodique elle-même peuvent suggérer ensuite d’appuyer plus telle ou telle syllabe à des fins expressives. L’écoute des enregistrements de Léon Peyrat et d’autres chanteurs de tradition donne bien entendu des exemples précis de ce type d’interprétation, mais il me semble qu’il n’est pas si difficile d’entrer dans ce monde rythmique particulier, pourvu que l’on sache faire respirer les phrases, et s’affranchir du besoin de pulsation régulière.

 

CHANSONS MESURÉES À TROIS TEMPS

 

Ces chants ne sont pas explicitement associés à une danse, mais leur cadence, marquée par l’accompagnement des pieds frappant le sol, évoque directement la valse ou la bourrée, sans qu’il soit toujours évident de choisir entre les deux. Ces airs sont aussi par ailleurs joués au violon par Léon Peyrat.

Les textes sont strophiques et narratifs, on y retrouve les mêmes thèmes que dans les chansons à rythme libre. Un survol rapide de quelques recueils d’autres régions françaises me montre des versions de ces chansons sur des airs mesurés différemment, assez souvent notés en 6/8 lent, voire libre. Une étude approfondie pourrait permettre de confirmer ou non une éventuelle tendance des chanteurs du Massif Central à transformer en rythme à trois temps bien cadencés des chansons ternaires lentes.

La présence d’un point d’orgue en fin de phrase signifie ici l’ajout d’une ou plusieurs mesures complètes de respiration : la cadence battue aux pieds ne s’interrompant pas, la chanson reste dans le cadre de la mesure à trois temps, sans aucune variation de tempo.

Signalons enfin une variante de rythme fréquente :     peut souvent être remplacé par     (dans une mesure a trois noires, pointer la deuxième).

 

 

CHANSONS À REFRAIN DE TYPE RONDE

 

Bien qu’on ne les connaisse en Limousin et en Auvergne que chantées par des solistes et qu’elles n’y soient pas (ou plus) associées à la danse, on reconnaît facilement dans ces chansons les structures caractéristiques du « chant à répondre ». Les mêmes chansons se retrouvent dans beaucoup d’autres régions (avec d’autres mélodies) où elles ont été attestées comme chansons servant à la marche ou à la danse, particulièrement aux danses en ronde ou en chaîne de la famille des branles (rondes de Bretagne, du Poitou, du Berry, rondeaux gascons, etc) (1).

J’ai utilisé le terme de « chanson enchaînée » pour désigner une structure très courante, que l’on devine aisément dans les interprétations de Léon Peyrat (malgré des irrégularités : phrases pas toujours doublées,…), où la deuxième ligne d’un couplet devient la première du couplet suivant, chaque couplet gardant la même structure. Par exemple :

 

Les tisserands – font plus que vous ne faites (bis)

Ils ont toujours – Envie de faire la fête

Et lon lan la

            Et tire la navette le beau temps viendra

 

Ils ont toujours – Envie de faire la fête (bis)

Les tisserands – sont joueurs de navette

Et lon lan la

            Et tire la navette le beau temps viendra

 

Les tisserands – sont joueurs de navette (bis)

Et le lundi – Ils commencent leur pièce

Et lon lan la

            Et tire la navette le beau temps viendra

etc.

 

Pour ce type de chanson, je n’ai noté complètement que le premier couplet, puis la suite des « lignes » ajoutées à chaque nouveau tour, sans redonner la structure complète avec refrain et répétitions. Ces chansons sont souvent caractérisées par une assonance unique à la fin de chaque ligne (Les chansons 32, 34 et 36 peuvent s’interpréter en chansons enchaînées).

Les autres, sans être enchaînées, ont une structure qui facilite l’interprétation collective spontanée : il suffit d’un meneur sachant la chanson, qui introduit chaque nouvelle phrase, le chœur de l’assistance chantant les refrains et les répétitions.

Les paroles sont volontiers de ton plus léger, satirique ou grivois, que dans les catégories précédentes.

Dans ces chansons, la présence d’un point d’orgue en fin de phrase signifie l’ajout d’un temps de respiration (plus rarement plusieurs), pendant lequel la pulsation ne s’interrompt pas. Cet ajout occasionnel ou régulier de respirations à la fin des phrases est d’ailleurs un phénomène général, que je n’ai noté que quand il était régulier dans la chanson. Chaque chanteur soliste est entièrement libre sur ce point. Dans le cas d’une interprétation de ces chansons sous forme collective ou responsoriale, en particulier pour la danse, on peut faire le choix de supprimer ou de régulariser ces respirations.

 

Notes :

1) Olivier Durif me signale que Léon Peyrat a effectué son service militaire dans la marine à Rochefort-sur-Mer, où il a côtoyé des Bretons. Il se peut qu’il en ait ramené certaines chansons, notamment de ce type.

 

 

BOURRÉES

 

Elles constituent sans aucun doute la partie la plus locale du répertoire, par les paroles notamment. Il s’agit la plupart du temps de couplets indépendants, en dialecte limousin de la langue occitane. Les paroles sont souvent satiriques, avec beaucoup de doubles sens (parfois obscurs aujourd’hui), et prennent parfois directement à partie les habitants de communes des environs (N°44, 45, 46).

Seules les N°40 Sur lo pont d’a Briva et surtout N°39 Aval dins las robieras ont un texte suivi qui permet de les considérer comme des chansons au sens habituel du terme.

Le N°47 Passa la bela est un regroupement de couplets complètement indépendants, d’ailleurs chantés de façon séparée par Léon, sur des airs très proches. On remarquera cependant les variantes musicales de détail, que l’on peut supposer parfois induites par les différences d’accentuation des paroles des différents couplets.

La destination de ces chants est bien sûr d’accompagner la danse, d’où un caractère rythmique particulier, et un accompagnement frappé des pieds du chanteur marquant la cadence comme il le faisait en jouant du violon.

 

TABLE DES CHANSONS

(* : chansons en occitan)

 

 

CHANSONS À RYTHME LIBRE

 

1          Le printemps est venu j’entends les alouettes

2          Je viens te dire adieu charmante Rosalie

3          Voulez-vous entendre chansonnette

4          Il y a un mois ou six semaines

5          De bon matin moi je me suis levé

6          Adieu la ville de Perpignan

7          Buvons trinquons divertissons-nous

8          Un jour l’envie me prend

9          J’ai fait l’amour longtemps

10        Notre fille se tourmente

11        C’est trois mineurs jolis

12        Il arrive une barque

13        Rossignolet des bois

14        A la poncha d’un suqueton *

15        Dessús la rota dei Lonzac *

16        Adiu bargiera mas amors *

17        Adieu château brillant *

18        Tout en me promenant le long d’une rivière

19        C’était un abbé de confiance

20        Buvons mes chers amis buvons

21        Je bois je ris je chante

22        Quand la Maria vai ai molin (1ère version) *

 

CHANSONS MESURÉES À TROIS TEMPS

 

23        Le mois de mai il est venu

24        Là-haut sur la montagne

25        Tout en montant la place d’armes

26        J’ai un petit voyage à faire

27        J’étais parti le coeur plein d’espérance

28        Sabetz pas coma fasián las chançons *

 

CHANSONS MESURÉES À REFRAIN, DU TYPE RONDE

 

29        Quand la Maria vai ai molin (2ème version) *

30        Chas nos n’aviam un ase *

31        La belle se promène

32        Derrière chez nous y a un p’tit bois

33        Le matin quand je me lève (et youp youp youp)

34        Les tisserands

35        Chez nous n’aviam une chèvre

36        Tout en me promenant le soir au clair de lune

 

AUTRES CHANSONS À RYTHME BINAIRE

 

37        J’ai ma femme qui me gronde

38        Réveillez-vous les gens *

 

BOURRÉES

 

39        Aval dins las robieras *

40        Sus lo pont d’a Briva / Baissa-te montanha *

41        Lo merle *

42        Delai lo ribatel *

43        Quau la farà dançar *

44        Los Chaumelhós *

45        Las dròllas dei Lonzac *

46        A b’aqui paubres dròlles *

47        Passa la bela *

48        N’ai tres aulanas *

49        Quand passaretz petita *

 

AUTRES COUPLETS À DANSER

 

50        Per dançar la « poleca » *

INDEX ALPHABÉTIQUE DES CHANSONS

 

14        A la poncha d’un suqueton

46        A b’aquí paubres dròlles

17        Adieu château brillant

6          Adieu la ville de Perpignan

16        Adiu bargiera mas amors

39        Aval dins las robieras

20        Buvons mes chers amis buvons

7          Buvons trinquons divertissons-nous

11        C’est trois mineurs jolis

19        C’était un abbé de confiance

30        Chas nos n’aviam un ase

35        Chez nous n’aviam une chèvre

5          De bon matin moi je me suis levé

42        Delai lo ribatel

32        Derrière chez nous y a un p’tit bois

15        Dessús la rota dei Lonzac

12        Il arrive une barque

4          Il y a un mois ou six semaines

9          J’ai fait l’amour longtemps

37        J’ai ma femme qui me gronde

26        J’ai un petit voyage à faire

27        J’étais parti le coeur plein d’espérance

21        Je bois je ris je chante

2          Je viens te dire adieu charmante Rosalie

31        La belle se promène

24        Là-haut sur la montagne

45        Las dròllas dei Lonzac

33        Le matin quand je me lève (et youp youp youp)

23        Le mois de mai il est venu

1          Le printemps est venu j’entends les alouettes

34        Les tisserands

41        Lo merle

44        Los Chaumelhós

48        N’ai tres aulanas

10        Notre fille se tourmente

47        Passa la bela

50        Per dançar la « poleca »

22        Quand la Maria vai ai molin (1ère version)

29        Quand la Maria vai ai molin (2ème version)

49        Quand passaretz petita

43        Quau la farà dançar

38        Réveillez-vous les gens

13        Rossignolet des bois

28        Sabetz pas coma fasián las chançons

40        Sus lo pont d’a Briva / Baissa-te montanha

18        Tout en me promenant le long d’une rivière

36        Tout en me promenant le soir au clair de lune

25        Tout en montant la place d’armes

8          Un jour l’envie me prend

3          Voulez-vous entendre chansonnette

 

CHANSONS À RYTHME LIBRE

1. LE PRINTEMPS EST VENU J’ENTENDS LES ALOUETTES

 

Le printemps est venu

J’entends les alouettes (bis)

Qui chantent dans les champs

Disant dans leur langage

Galant tu perds ton temps

 

Mais si je perds mon temps

Je ne plains pas ma peine (bis)

J’ai passé du bon temps

Auprès de ma maîtresse

J’ai passé la nuit souvent

 

Si tu as couché avec moi

Galant y en a bien d’autres (bis)

D’aussi malins que toi

N’ont fait la même chose

L’ont mieux faite que toi

 

L’ont mieux faite que moi

Délace ta ceinture (bis)

Enlève ton corset

Et je te ferai voir(e)

Que j’ai bien travaillé

 

variante du dernier couplet :

L’ont mieux faite que moi

Enlève ta ceinture (bis)

Délace ton corset

Je te ferai bien voir(e)

Que j’ai bien travaillé

 

Type non trouvé dans le catalogue Coirault.

 

Le premier couplet commence parfois comme le N°17 « Adieu château brillant », avec un 3e degré plutôt majeur (mesures 1 et 2, voir les deux variantes notées), puis les couplets suivants reviennent à la mélodie principale notée ici.

Cf disco.1

2. JE VIENS TE DIRE ADIEU

 

Je viens te dire adieu – Charmante Rosalie (bis)

Je pars demain matin – Tout rempli de chagrin

Belle donne-moi ton cœur – Je serai ton serviteur

 

Pour te donner mon cœur – Galant c’est impossible (bis)

Tu vas au régiment – Tu resteras longtemps

Tu trouveras des fleurs – Qui charmeront ton coeur

 

Galant si tu savais – Ce qui me prend envie (bis)

C’est d’aller avec toi – Au service du roi

Car dans ton régiment – Il y a de beaux garçons

 

La belle si tu veux venir – Quitte l’habit de fille (bis)

Prends celui de garçon – Demain nous partirons

Je te ferai rentrer – Dans ces beaux grenadiers

 

La belle a servi sept ans – Sept ans dedans l’Afrique (bis)

Personne ne la connaissait – Que son petit grenadier

Elle passait jour et nuit – Avec son bel ami

 

Mais au bout de sept ans – La guerre se déclare (bis)

Au milieu d’un combat – La belle est blessée à un bras

Elle s’écrie halte-là – Je ne suis plus soldat

 

Si tu n’es plus soldat – Fais-en voir les marques (bis)

Les marques de ma blancheur – Mon visage et mon coeur

Une fille de dix-huit ans – Qui n’a servi sept ans

 

Si tu n’as servi sept ans – Mais la croix tu mérites (bis)

Voici quinze mille francs – Pour toi et ton amant

Ça sera pour vous marier – De retour au foyer

 

Catalogue Coirault : type 6713 « La fille-soldat blessée au bras I »

Cf. disco.1 et biblio.8

3. VOULEZ-VOUS ENTENDRE CHANSONNETTE

 

Voulez vous entendre chansonnette

C’est un garçon de dix-huit ans

C’est un garçon de dix-huit ans

Qui vient de se mettre à son aise

Après deux ans fut marié (1)

La nation vient le demander

 

Sa campagne ne fut si longue (2)

N’a duré dix ans et demi

N’a duré dix ans et demi

Sans pouvoir écrire à sa femme

Chaque jour il y pensait bien

Mais les lettres ne passaient point (3)

 

Quand il eut fini sa campagne

En revenant dans son pays

Il trouve deux petits enfants (4)

Qui gardaient leurs brebinettes

Il trouve deux petits enfants

Qui gardaient leurs agneaux blancs (5)

 

Bonjour mes deux enfants fidèles (6)

Où avez-vous votre papa

Notre papa il est parti

Pour aller faire sa campagne

Voila dix ans qu’il est parti (7)

Sans entendre parler de lui (8)

 

En arrivant dans son village (9)

Devant la porte de sa maison

Devant la porte de sa maison

Il aperçoit sa belle femme (10)

Devant la porte de sa maison

Il aperçoit sa Louison (10)

 

Bonjour, madame la bourgeoise

Logeriez vous pas un soldat

Logeriez vous pas un soldat

Qui vient de faire sa campagne

Logeriez vous pas un soldat

Qui vient de servir le roi
Mon bon monsieur je le regrette

Je ne pourrai pas vous loger

Je ne pourrai pas vous loger

Je ne suis qu’une faible femme

Mais descendez un peu plus bas

Que mon voisin vous logera (11)

 

Je n’écoute pas toutes ces paroles

Je suis entré dans ma maison

Je suis entré dans ma maison

J’ai mis mon sabre sur la table

Je me suis approché du lit

Là nous passerons bien la nuit

 

T’en souviens-tu du jour de noces

Où nous nous sommes mariés

J’ai une marque à mon pied droit

Tu voudras bien la reconnaître (12)

C’est une marque de raisin

Belle ne connais-tu pas ton bien? (13)

 

Variantes :

(1) : « Après dix ans »

(2) : « La campagne fut si longue »

(3) : « ne partaient point »

(4) : « trois petits enfants »

(5) : « des agneaux blancs »

(6) : « mes beaux enfants fidèles »

(7) : « Depuis dix ans… »

(8).: « Sans avoir de nouvelles de lui »

(9) : « En arrivant sur la grand-place »

(10) : « Il aperçut… »

(11) : « Je pense qu’on ne vous refusera pas »

(11 bis) : « Je crois qu’on ne vous refusera pas »

(12) : « Il faudra bien… »

(13) : « Ne reconnais-tu pas ton bien? »

 

Catalogue Coirault : type 5304 « La tache de raisin »

La mélodie est à rapprocher de celle du N°4 « Il y a un mois… », la structure du couplet est identique dans les deux cas.

4. IL Y A UN MOIS OU SIX SEMAINES

 

Il y a un mois ou six semaines

Ma bien-aimée je n’ai pas vue

Ma bien-aimée je n’ai pas vue

Et l’autre jour je me promène

Ma bien-aimée j’ai rencontré

Un autre amant qui lui parlait

 

Je lui ai dit bonjour la belle

Y a-t-il plus d’amitié pour moi

Y a-t-il plus d’amitié pour moi

Après avoir fait la promesse

Y a-t-il plus d’amitié pour moi

Après avoir juré trois fois

 

La belle n’a le cœur si tendre

Les larmes lui coulaient aux yeux

Les larmes lui coulaient aux yeux

Son cher amant s’approchait d’elle

Lui mit la main sur son genou

Mon tendre cœur consolez vous

 

Comment voulez vous que je me console

Tous les amants sont des trompeurs

Tous les amants sont des trompeurs

Ou bien des enjôleurs de filles

Si vous voulez en faire autant

Je serai fille sans amant

 

Les filles font comme les roses

Qui sont en fleur sur les rosiers

Qui sont en fleur sur les rosiers

Que tout le monde les regarde

Une fois la couleur passée

Personne veut les regarder

 

Catalogue Coirault : type 3607 « La belle au cœur tendre et le garçon généreux »

Parfois la 1ère partie est systématiquement non doublée. Les différentes versions de cette chanson oscillent entre mode plutôt majeur et mode plutôt mineur.

Sur une des interprétations, Léon chante ce texte sur la mélodie du N°3. (Les deux mélodies se ressemblent et ont la même structure).

5. DE BON MATIN ME SUIS LEVÉ

 

(De bon matin me suis levé) (1)

La pointe du jour m’a pas trompé

Oh! j’ai entendu

La voix d’une bergère

Qui me chantait

Une chanson si belle (bisser les quatre lignes)

 

Mais de si loin qu’elle m’a vu

La bergère ne chante plus

Oh! chantez chantez

Mon aimable bergère

Recommencez

Votre chanson si belle

 

Mon bon monsieur vous vous trompez

De chanson je n’ai point chanté

Oh! j’ai vu le loup

Dedans le bois bocage

Faisant grand tort

Aux bergers du village

 

Mon bon monsieur vous qui coupez le bois

Le coupez pas si près de moi

Oh! vous couperiez

La source de ma treille

Qui fait venir

Le vin à ma bouteille

 

(1) Léon Peyrat chante : « De bon matin moi je me suis levé », ce qui entraîne une variante mélodique, ce vers ayant deux syllabes de plus qu’aux autres couplets. Je propose donc cette tournure, afin de pouvoir chanter plus commodément tous les couplets sur la même mélodie. Je donne plus bas la version chantée sur l’enregistrement.

 

Catalogue Coirault : type 4613 « La bergère à la chanson nouvelle »

Cf.. biblio. 9

6. ADIEU LA VILLE DE PERPIGNAN

 

Adieu la ville de Perpignan

Adieu la fleur de ma jeunesse

Car c’est demain que nous partons

Faut dire adieu à nos maîtresses

 

Brave galant si tu t’en vas

Tu ne me laisses rien pour gage

Que la verdure du printemps

Et les oiseaux dans le bocage

 

Galant quand tu étais blessé

Tu me faisais mille promesses

Maintenant que tu es guéri

Tu iras voir d’autres maîtresses

 

Jamais la mer n’est sans poisson

Ni le printemps sans violette

Ni les montagnes sans vallon

Ni les filles sans amourette

 

Catalogue Coirault : type 3018 « Adieu, la belle, je m’en vais » ou « Adieu la ville de Perpignan »

7. BUVONS TRINQUONS DIVERTISSONS-NOUS

 

Buvons trinquons

Divertissons-nous

La loi nous ordonne

De faire l’amour

C’est une aimable brune

À l’âge de quinze ans

S’en va dire à sa mère

Me faut un amant

 

Mais pour d’amant ma fille

Tu n’en auras pas

Nous te mettrons en ville

Dedans un couvent

C’est pour t’apprendre à lire

A bien passer ton temps

 

Dans un couvent ma mère

Moi je n’irai pas

Car celui que j’aime

M’en empêchera

Et car celui que j’aime

N’est pas loin d’ici

Du devant de ma porte

Je l’entends venir

 

N’entends-tu pas la belle

Le tambour qui bat

La trompette sonne

Le galant s’en va

Et adieu donc la belle

Adieu tous nos amours

Reste toujours fidèle

Jusqu’à mon retour

 

 

Catalogue Coirault : type 923 « La fille qui tient ses promesses » (voir aussi type 920 « L’état des filles au couvent », assez proche)

On peut remarquer la parenté de la première phrase mélodique avec la bourrée N°40 « Sus lo pont d’a Briva ».

8. UN JOUR L’ENVIE ME PREND

 

Un jour l’envie me prend

D’aller faire un tour en ville

J’allai frapper trois fois (1)

À la porte de ma mie

Ouvrez ouvrez belle si vous m’aimez

Vous êtes à la chaleur et moi à la rosée

 

Ma porte s’ouvre pas

Pour toi elle est fermée

Elle est fermée galant tu t’es vanté

Que j’étais ta maîtresse faite à ta volonté

 

Si tu n’avais conservé

L’honneur de ta maîtresse

Tu aurais passé la nuit entre mes bras

Mais jamais de la vie tu ne l’y passeras

 

(1) variante : « Je vais frapper trois fois »

 

Catalogue Coirault : type 2608 « Le galant qui a trop parlé »

9. J’AI FAIT L’AMOUR LONGTEMPS

 

J’ai fait l’amour longtemps

A une aimable brune

Je l’ai faite je la ferai

Je ne sais pas si je l’aurai

 

A l’ombre d’un noyer

J’ai rencontré Lisette

Et je lui dis tout en riant

Passerions nous une heure de bon temps

 

Une heure de bon temps

Galant il faut la prendre

Mais les gens qui disent partout (1)

Que je suis enceinte de vous

 

Si enceinte tu es

Tu me le fais comprendre

Tu m’as donné la liberté

Sans te l’avoir demandé

 

Filles de mon pays

Sur moi prenez exemple

Ne donnez pas la liberté

A tous ces garçons étrangers

 

Ces garçons étrangers

Font l’amour de passage

Ils font l’amour et ils s’en vont

Après avoir passé du bon temps (2)

 

Variantes :

(1) : « mais tous les gens »

(2) : « Ils sont toujours en vous disant

Passerions nous une heure de bon temps » (remplace les deux dernières lignes)

 

Catalogue Coirault : type 2324 « Le garçon passager »

10. NOTRE FILLE SE TOURMENTE

 

Notre fille se tourmente

S’aperçoit que sa taille augmente

Elle s’aperçoit de jour en jour

Que ses jupons lui viennent courts

 

Mais ne t’inquiète pas ma fille

Car demain nous irons en ville

Et ça sera pour demander

Le congé du chasseur à pied

 

Bonjour bonjour beau militaire

Bien le bonjour je vous souhaite

Ma fille vous n’avez trompée

Faudra bien que vous la mariiez

 

Votre fille est bien trop laide

Pour que je me marie avec elle

Moi qui suis un garçon joli

Ca serait bien mal assorti

 

Si ma fille elle est si laide

J’ai bien de quoi la faire belle

Car j’ai de l’or et de l’argent

Pour lui donner de l’agrément

 

Si votre fille elle est si riche

Mettez l’enfant à la nourrice

Et la mère dans un couvent

Moi je retourne à mon régiment

 

Catalogue Coirault : type 2322 « Le grenadier et la fille laide »

11. C’EST TROIS MINEURS JOLIS

 

C’est trois mineurs jolis

De leur pays s’en vont

De leur pays s’en vont

Tous trois en assurance

Ils sont partis gaiement

Faire leur tour de France

 

Le plus jeune des trois

Savait bien travailler

Savait bien travailler

Habile en son ouvrage

Il a bien su charmer

Le cœur de la bourgeoise

 

La bourgeoise lui dit

Oh mineur mon ami

Oh mineur mon ami

Qui travaille la pierre

Lève mon blanc jupon (1)

Tu verras ma carrière

 

Le coup n’a pas manqué

Le jupon n’a levé

Le jupon n’a levé

Ainsi que la chemise

Le mineur n’a travaillé

La pierre la plus fine

 

(1) variante : Soulève mon jupon

 

Catalogue Coirault : type 2303 « Les maçons chez la Picarde »

12. IL ARRIVE UNE BARQUE

 

Il arrive une barque

De trente matelots

De trente matelots

Sur le bord de l’île

De trente matelots

Sur le bord de l’eau

Mon cher beau matelot

 

Il arrive une barque – De trente matelots

Le plus jeune des trente – Chantait une chanson

La belle chansonnette – Je voudrais la savoir

La belle montez en barque – Et nous vous l’apprendrons

La belle fut pas en barque – Qu’elle se mit à pleurer

Que pleurez vous la belle – Qui vous fait tant pleurer

Je pleure mon cœur en gage – Que vous m’avez volé

 

 

Catalogue Coirault : type 1317 « La barque à trente matelots

Dans les versions courantes, cette chanson commence souvent par les paroles « La belle se promène / Dans son jardin fleuri ». Peyrat savait d’ailleurs sur ces paroles une version très différente dont il ne chantait que des fragments, mais qui se rattache bien au même type : elle est notée ici au N°31.

13. ROSSIGNOLET DES BOIS

 

Rossignolet des bois

Rossignolet sauvage

Apprends moi ton langage

Apprends moi à parler

Apprends moi la manière

Comment qu’il faut aimer

 

Comment qu’il faut aimer

Je m’en vais te le dire

Faut aller voir les filles

Et leur parler longtemps

En leur disant la belle

Je serai ton amant

 

Si tu n’es mon amant

Je serai ta maîtresse

Je serai ta maîtresse

Maîtresse pour longtemps

Nous coucherons ensemble

Malgré tous nos parents

 

Adieu l’amant trompeur

Adieu l’amant volage

Tu as mon cœur en gage

A présent tu t’en vas

En passant la rivière

Galant tu périras

 

Je ne périrai pas

Je suis tailleur de pierre

Je suis tailleur de pierre

Et aussi bon maçon

Pour passer la rivière

Je bâtirai un pont

 

type 122 « Rossignolet du bois  » ou « Comment il faut aimer »

Cf.. biblio. 8 et 9

14. A LA PONCHA D’UN SUQUETON

 

La bela garda sos moltons

Ela se’s endurmida

A la bela revelhatz-vos

Que la terra es umida (1)

 

Anatz-vos-en a la maison

Retrobaretz los amorós

Siajatz saja e prudenta

Ne’n dijatz pas òc e non

Coma un’ inocenta

 

Dròllas que setz a maridar

Que lo maridar vos preisse pas

Mas que vos preisse gaire

(Que) lo bonur que vos n’auretz (2)

Ne’n durarà pas gaire

 

Ai* bot de ueit o de nòu mes

Garçon o filha vos n’auretz

L’enfant serà puraire

Berçonaretz tota la nuech

Mas ne’n dormiretz gaire

 

N’auretz lo cotilhon molhat

La chamisa quauque pauc trempats

Seretz tota fanada

Vòstre òme ne’n serà jalós

Vos batrà la velhada

 

Mas n’en iretz jamai en lai

Demoraretz ai* cuenh dei* fuèc

Mas quauque còps chas la vòstra maire

Tota los còps que lai iretz (3)

Alai demoretz gaire

 

Ai bot de dos o de tres ans

Vòstres enfants ne’n vendràn grands

Diràn « paire e maire

A donatz-me un pauc de pan »

Quauque còps n’i aurà gaire

 

* : ai pour al et dei pour del

(1) : On peut remplacer par la tournure “n’es umida” qui est plus habituelle en occitan et plus facile à prononcer.

(2) : Peyrat chante « Car lo bonur… ». On peut remplacer le « car » français par « que » pour rétablir une tournure occitane plus cohérente.

(3) “Iretz” est un francisme. En oc, on aurait : “ ‘niretz”.

Catalogue Coirault : type 5401 « La mariée au cotillon pisseux »

Cf.. biblio. 8 et 9

 

Tout en haut de la colline / La belle garde ses moutons / Là-bas, elle s’est endormie / Oh, la belle réveillez-vous / Car la terre est humide / Allez-vous en à la maison / Vous y trouverez les amoureux / Soyez sage et prudente / Ne dites pas oui et non / Comme une innocente / Filles qui êtes à marier / Que le mariage ne vous presse pas / Pourvu qu’il vous presse guère / Car le bonheur que vous en aurez / Ne vous durera guère / Au bout de huit ou neuf mois / Garçon ou fille vous aurez / L’enfant sera brailleur / Vous le bercerez toute la nuit / Et vous n’en dormirez guère / Vous aurez les cotillons mouillés / La chemise plus que trempée Vous serez toute “fanée” / Votre homme n’en sera jaloux / Vous battra à la veillée / Vous ne partirez jamais d’ici / Vous dormirez au coin du feu / Mais quelques fois chez votre mère / Chaque fois que vous irez / Vous n’en dormirez guère / Au bout de deux ou trois ans / Vos enfants deviendront grands / Diront “Père et mère” / Donnez-nous un peu de pain / Quelquefois, il n’y en aura guère

15. DESSÚS LA ROTA DEI LONZAC

 

Dessús la rota dei* Lonzac (1)

Lai a un petit molin

E dins aquel molin

Lai i a ‘na moliniera

En passant dins sa charriera

Ieu li dissei : « Moliniera

Vos chaudriá pas un vaslet

Per far virar vòstre molin?”

 

Mas per lo vaslet ieu n’ai un

Tant que ne’n sei contenta

Me petaça, me dordassa

Me cordura, me mordura

Me fai virar mon molin

Ai ben trobat un bon vaslet

 

Ila m’invitet a sopar

Mingem ‘na pola grassa

E me’n fotet ‘na plena taça (2)

D’aquel jus de la cojassa

D’aquel temps lo blat vendrà

E lo molin virarà

 

 

(1) Variante : “Dessús la rota d’Argentat

(2) On peut aussi comprendre : “E ne’n fotei” (“Je lui en mis”)

 

Coirault type 6303 « La meunière satisfaite de son valet »

Cf.. disco.1 et 3

 

Sur la route du Lonzac / Il y a un petit moulin / Et dans ce moulin / Il y a une meunière / En passant devant chez elle / Je lui dis Meunière / Vous faudrait-il pas un valet / Pour faire tourner votre moulin / Mais pour un valet j’en ai un / J’en suis très contente / Il me raccommode me ravaude / M’entortille me mordille / Il fait tourner mon moulin / J’ai bien trouvé un bon valet / Elle m’invita à souper / Nous mangeons une poule grasse / Elle m’en mit une pleine tasse / De ce jus de la grosse courge / Pendant ce temps le blé viendra / Et le moulin tournera.

16. ADIU BARGIERA MAS AMORS

 

[Dins las ribieras d’a Seilhac (1)

Una bargiera que lai gardava, a!

Una bargiera que lai gardava] (2) (3)

 

Adiu bargiera mas amors

De bon matin te ses levada, a!

De bon matin te ses levada

 

Monsur n’es pas de bon matin

Quò es una clara matinada

 

Bargierona dona-me ta man

E ieu te donarai la mieuna

 

Mon bon monsur ma man n’es pas per vos

Ni mai la vòstra per la mieuna

 

La mieuna es mas per un bargier

La vòstra es per una dameisela

 

Monsur se mon boier veniá

Vos fotriá un còp de son agulhada

 

Ieu n’ai pas paur de ton boier

Ni mai de sa granda agulhada

 

 

(1) Les “ribières” sont les terres au bord de l’eau.

(2) : couplet chanté par Léon Peyrat et retrouvé de mémoire par Olivier Durif, mais ne figurant pas sur les enregistrements à ma disposition.

(3) : autre couplet chanté par Léon Peyrat, mais non enregistré : « Un gròs borgés ven a passar / Bian d’abora te ses levada »

 

Coirault type 4111 « Le monsieur menacé du bouvier »

Cf… biblio. 8 et 9

 

Dans « les ribières » de Seilhac / Une bergère y gardait / Bonjour bergère de mes amours / De bon matin tu t’es levée / Monsieur il n’est pas de bon matin / Il fait déjà une claire matinée / Bergère donne-moi ta main / Et moi je te donnerai la mienne / Mon bon Monsieur ma main n’est pas pour vous / Ni la vôtre pour la mienne / La mienne est pour un berger / La vôtre est pour une demoiselle / Monsieur si mon bouvier venait / Il vous porterait un coup d’aiguillade / Je n’ai pas peur de ton bouvier / Pas plus que de sa grande aiguillade.

17. ADIEU CHATEAU BRILLANT

 

Adieu château brillant

L’esparçon de la chabra

Las polas chiavan sus lo banc

Quauques còps sus la tabla

Adieu chabra bura

Adieu v-olha negra

Adieu paubras béstias

Vos torrai* pus gardar

 

 

* torrai : tornarai

 

Il s’agit à mon avis d’un couplet parodié sur la fameuse chanson de la mariée « Nous sommes venus ce soir » (Catalogue Coirault : type 5210), dont on reconnaît une version de l’air ainsi que les premiers mots d’un couplet qui dit « Adieu château brillant / Le château de mon père / Où j’ai vécu vingt ans / Faisant la demoiselle » (Il se peut que Léon lui-même soit l’auteur de la parodie).

Cf.. biblio. 8 et 9

 

Adieu château brillant / L’étable de la chèvre / Les poules chiaient sur le banc / Quelquefois sur la table / Adieu chèvre brune / Adieu brebis  noire / Adieu pauvres bêtes / Je vous garderai plus jamais.

18. TOUT EN ME PROMENANT (ARTHUR ET LA BERGERE)

 

Tout en me promenant

Le long d’une rivière

J’ai rencontré Arthur

Arthur et la bergère

Je sais bien quelque chose

Mais je le dirai pas

 

Tout en me promenant – Le long d’une rivière

J’ai rencontré Arthur – Arthur et la bergère

Croyez-vous qu’ils étaient – Là tous deux sans rien faire

Ils faisaient un bouquet – Un bouquet de bruyère

J’ai entendu un cri – C’est le cri du mystère

Qui disait en patois – Je ne vais plus y faire

 

(chanson enchaînée)

 

19. C’ÉTAIT UN ABBÉ DE CONFIANCE

 

C’était un abbé de confiance

Rempli d’esprit, d’intelligence

Il s’en allait matin, soirée

Voir(e) la femme du teinturier (1)

 

Le teinturier se dit un jour

Je m’en vais lui jouer le tour

Il s’en alla à la campagne

Pour lui chercher du vin d’Espagne

Mais il revint le même jour

Afin de lui jouer le tour

 

Le teinturier n’fut pas rentré

Trouva sa femme avec l’abbé

Il les trouva tous deux à table

Bon pain, bon vin, bonne volaille

Pour leur montrer son cœur joyeux

Il se mit à table avec eux

 

Quand ils eurent bien bu, bien mangé

Chacun parla de son métier

Monsieur l’abbé de sa lecture

Le teinturier de sa teinture

Monsieur l’abbé je vous en prie

Quelle couleur vous ferait plaisir

 

Monsieur l’abbé qui est un peu fier

Dit moi je préfère le vert

Descendez dans mon laboratoire

Là nous conterons l’histoire

Et nous vous teindrons de bout à bout

De la couleur de votre goût

 

Monsieur l’abbé fut pas rentré

Trois compagnons l’ont attrapé

L’ont pris par sa noire ceinture

L’ont plongé dans la teinture

De temps en temps les compagnons

Lui enfonçaient la tête au fond

 

Monsieur l’abbé s’est écrié :

Grand Dieu que je suis malheureux

Pour un p’tit moment de folie

Je suis vert comme une prairie

Voilà c’que c’est d’être coquet

Je suis vert comme un perroquet

 

(1) : dans le version chantée par Léon Peyrat, le premier couplet n’a que quatre vers : par rapport à l’air et à la coupe des autres couplets, il en manque donc deux. Si on veut chanter une version de forme régulière, je propose un début provenant d’une version voisine : « Je vais vous chanter les amours / D’un jeune curé des alentours / C’était un abbé… »

 

Les premières versions connues de cette chanson remontent au XVIIIème siècle. Patrice Coirault lui a consacré une étude (biblio.12).

20. BUVONS MES CHERS AMIS

 

Buvons mes chers amis buvons (1)

Mais ne perdons pas la raison

Le soleil qui luit

Les murs qui s’enfuient

Et la terre qui tourne

Adieu les amis, adieu les amis

 

J’en ai tant bu de ce bon vin nouveau

Qu’il m’a troublé tout mon cerveau

Le soleil qui luit

Les murs qui s’enfuient

Et la table qui tourne

Adieu les amis, adieu les amis

 

(1) : Des versions recueillies ailleurs de cette chanson commencent par « Amis buvons », ce qui donnerait ici au premier couplet le même nombre de syllabes que le deuxième, permettant de chanter les deux sur la même forme mélodique. Je donne quand même la mélodie du premier couplet telle qu’elle est chantée par Peyrat.

 

Catalogue Coirault : type 10706 « Ah si jamais je vais dedans l’enfer »

Version très réduite d’une chanson qui peut compter d’autres couplets. Je la donne ici telle quelle car la structure de son couplet se prêterait mal à accueillir les autres paroles, et elle peut se suffire à elle-même.

21. JE BOIS JE RIS JE CHANTE

 

Je bois je ris je chante

Je fais mon purgatoire ici

Peut-être dans l’autre monde

Moi j’irai en Paradis

22. QUAND LA MARIA VAI AI MOLIN (1ère version)

 

Quand la Maria vai ai* molin

Fialant sa conilhada de brin

Emb son sac sus son ase

Martin la rin trin trin

Emb son sac sus son ase

En anant ai* moulin

 

Quand lo monier la vei venir

De rire pòt pas se tenir

Estachatz aqui vòtre ase (1)

Martin la rin trin trin

Estachatz aqui vòtre ase

E venetz ai* moulin

 

Lo temps que lo molin moliá

Lo molinier la brandissiá

E lo lop minjava l’ase

Martin la rin trin trin

E lo lop minjava l’ase

A l’entorn dei* moulin

 

Molinier tu me fas dei* tòrt

Tu m’embraças mon ase es mòrt

Que me dirà nòstre òme

Martin la rin trin trin

Que me dirà nòstre òme

Quand vendrai dei* moulin

 

Dins ma pòcha i a de l’argent

A prenetz ne’n e laissatz ne’n

Anatz ‘chaptar n’autre ase

Martin la rin trin trin

Anatz ‘chaptar n’autre ase

Quand vendretz ai* moulin

 

Quand son òme la vei venir

De purar pòt pas se tenir

Aquí quò es pas nòstre ase

Martin la rin trin trin

Aquí quo’es pas nóstre ase

Qu’as menat ai* moulin

 

Nòstre ase a los quatre pès blancs

Los dos darreir lo dos davant

La raja dei* cuol negra

Martin la rin trin trin

E la bufeta negra

En anant ai* moulin

 

Sabes-tu pas paubre lordaud

Que lo mes de mai lo mes d’abriau

Tota béstia chamja de piau

Aitau n’a fach nòstre ase

Martin la rin trin trin

Aitau n’a fach nòstre ase

En anant ai* moulin

 

Quand las festas arribaràn (2)

Tots los cornards s’asemblaràn

Tu seràs capitena

Martin la rin trin trin

Tu seràs capitena

E ieu torrai ai*moulin (3)

 

 

Variantes :

(1) Venetz venetz Maria, Martin…/ Vos molrai la promiera / Dedans mon moulin

(2) Quand la Sent Joan arribarà

(3) E ieu ‘nirai ai moulin

 

* : ai pour al et dei pour del

 

Catalogue Coirault : type 2112 « Marianne au moulin » ou « L’âne mangé à la porte du moulin »

Cf. biblio. 8 et 9

 

Quand la Marie va au moulin / Filant sa quenouille de chanvre  / Avec son sac sur son âne / En allant au moulin / Quand le meunier la voit venir / De rire ne peut se tenir / Attachez là votre âne  / Et venez au moulin / Pendant que le moulin tournait / Le meunier la secouait / Et le loup mangeait l’âne / Tout autour du moulin / Meunier tu me fais du tord / Tu m’embrasses et mon âne est mort / Que me dira mon homme ? / Quand je reviendrai du moulin / Dans ma poche, il y a de l’argent / Et prenez-en et laissez-en / Allez acheter un autre âne / Quand vous viendrez au moulin / Quand son homme la voit venir / De pleurer ne peut se tenir / Là ce n’est pas notre âne / Que tu as mené au moulin / Notre âne a les quatre pieds blancs / Les deux derrière les deux devant / La raie du cul noir / Et la “bufette” noire / En allant au moulin / Ne sais-tu pas pauvre lourdaud / Qu’entre le mois de mai et le mois d’avril / Toutes les bêtes changent de peau / Ainsi a fait notre âne / En allant au moulin / Quand les fêtes arriveront / Les cornards se rassembleront / Et tu en seras capitaine / Et je retournerai au moulin.

 

CHANSONS RYTHMÉES À TROIS TEMPS

23. LE MOIS DE MAI

 

Le mois de mai il est venu

Tous les rouliers sont revenus

Et toi Lisette (1)

Les as tu conservées

Tes amourettes (2)

Belle du temps passé

 

Et oui et oui, oui oh mon ami

J’ai conservé ce que j’avais promis (3)

Eh oui eh oui je les ai conservées

Les amourettes du temps passé

C’est de t’attendre

Avec fidélité

Et de reprendre

Nos anciennes amitiés

 

Roulier roulier mon bel ami

Je voudrais tant revoir Paris

Dans ta carriole

On est si bien assis (4)

Tiens ta parole

Et emmène moi z-y

 

La belle si tu m’en croyais

Dans ton pays tu resterais

Dans ces auberges

Y a de grandes beautés

Buvons la belle

Buvons à leur santé

 

Variantes :

(1) : « Bonjour Françoise »

(2) : « Les amourettes »

(3) : « Eh oui eh oui je les ai conservées / Les amourettes les amourettes »

(4) : « très bien assis »

 

Catalogue Coirault : Cf. type 503 « vos amourettes n’ont elles pas changé », mais thème un peu différent.

Voir une version chantée par Gaston Pouget, autre violoneux corrézien, sur disco.2.

24. LÀ-HAUT SUR LA MONTAGNE

 

Là-haut sur la montagne

J’ai entendu pleurer

Oh c’est (la voix) de ma compagne (1)

J’irai j’irai la consoler

 

Que pleurez vous la belle

Qui vous fait tant pleurer

Si je pleure si je soupire

C’est du regret d’avoir aimé

 

Aimer n’est pas un crime

Dieu ne le défend pas

Faudrait avoir l’âme bien dure

La belle pour ne pas vous aimer

 

Les moutons vivent d’herbe

Les papillons de fleurs

Et vous et moi belle bergère

Nous ne vivons que de langueur

 

Il y a trois choses au monde

Trois choses à désirer

Or ni argent mais paix sereine

Une compagne et du bon vin

De ce bon vin qui brille au verre

Qui fait les hommes sans chagrin

 

(1) : je n’ai pas pu comprendre ces deux syllabes sur l’enregistrement de Léon Peyrat, je donne donc une tournure que l’on trouve dans d’autres versions de la même chanson.

 

Catalogue Coirault : type 1516 « Aimer n’est pas un crime »

Cf. biblio. 9.

25. TOUT EN MONTANT LA PLACE D’ARMES

 

Tout en montant la place d’armes

J’ai rencontré la Louison

Elle pleurait versait des larmes

De voir partir son cher amant

 

Ne pleure pas chère Louise

Que dans trois ans je reviendrai

Je reviendrai de ma campagne

Je reviendrai pour t’épouser

 

Et quand l’enfant viendra au monde

Tu lui fera porter mon nom

Je m’appelle Louis sans-gêne

Je suis un garçon sans façon

 

Catalogue Coirault : type 3008 « Le portrait ».

26. J’AI UN PETIT VOYAGE À FAIRE

 

J’ai un petit voyage à faire

Ma bien-aimée voulez vous venir

Et non et non répondit-elle

Je n’irai pas

Tout soldat qui va à la guerre

Ne revient pas

 

J’ai cent écus dans ma boursette

Ma bien-aimée les voulez vous

Et non et non répondit-elle

Gardez-les vous

Tot sodart que vai a la guerra (1)

Jamai n’a pro

 

Je n’en ferai faire une image

A la ressemblance de toi

Je la mettrai derrière mon sac(que)

Bien attachée

Cinq ou six fois dans la journée

Je l’embrasserai

 

Que te diront tes camarades

Qui te verront (em)’brasser ce papier

Je leur dirai c’est ma maîtresse

Du temps passé

Si jamais je reviens en France

Je l’épouserai

 

(1) variante : « Tout soldat qui va à la guerre »

 

Catalogue Coirault : type 3011 « Les garçons qui sont à la guerre n’en reviennent pas tous » (avec des emprunts au type 3008 « Le portrait » pour les deux derniers couplets)

27. J’ÉTAIS PARTI LE COEUR PLEIN D’ESPÉRANCE

 

J’étais parti le cœur plein d’espérance

De retrouver ceux que j’ai laissés là

A mon retour pour moi quelle souffrance

De ne plus voir ma chère Angelina

 

Pour l’oublier oh non jamais ma mère

Je ne pourrai pas vivre sans la voir

Je passerai toute ma vie entière

Sur son tombeau du matin jusqu’au soir

 

Sur son tombeau avec un grand courage

Le militaire accomplit tous ses vœux

S’en va mourir à la fleur de son âge

A ses parents fit ses derniers adieux

28. SABETZ PAS COMA FASIÁN LAS CHANÇONS

 

Sabetz pas coma fasián las chançons

Dei* temps de mon grand-paire

Nos parlavan de filhas de garçons

De chaçaires e de lops

Totas aquelas complentas

Que avián tant bian lor plaça aici

Quò es la votz de la terra

Lo sovenir e l’arma dei* país

 

Nos parlavan sovent dei* vasleton

E de la chambariera

La moliniera e son petit molin

E de son ase gris

Las amors malurosas

De la bargiera emb son gentil senhor

Lo soldard a la guerra

La femnas qu’eron fidelas o non

 

Aura qu’avetz tota los elements

Per ne’n tornejar una

Despachatz-vos, nos fajatz pas languir

Ai* trabalh  mos amics !

Botatz tot dins una biaça

Damenatz bian e quand la drubirem

N’en sautarà ‘na brava

Que vos e ieu ensemble chantarem

 

 

 

 

* : ai pour al et dei pour del

 

Contrairement à toutes les autres chansons de ce recueil, le texte de celle-ci la désigne comme une chanson non traditionnelle, œuvre d’un chansonnier local, vraisemblablement Léon Peyrat lui-même.

 

Vous ne savez comment on faisait les chansons / Du temps de mon grand-père / Elles nous parlaient de filles de garçons / De chasseurs et de loups / Toutes ces complaintes / Qui avaient si bien leur place ici  / C’est la voix de la terre / Le souvenir et l’âme du pays / Elles nous parlaient souvent du petit valet / Et de la chambrière / (de) la meunière et de son petit moulin / Et de son âne gris / Les amours malheureuses / De la bergère et son gentil seigneur / Le soldat à la guerre / Les femmes qui étaient ou non fidèles / Maintenant que vous avez tous les éléments / Pour en tourner une  / Dépêchez-vous, ne nous faites pas languir / Au travail mes amis / Mettez tout dans un sac / Secouez bien et quand nous l’ouvrirons / Il en sortira une belle / Que vous et moi ensemble chanterons.

 

CHANSONS À REFRAIN DE TYPE RONDE

29. QUAND LA MARIA VAI AI* MOLIN (2ème version)

 

(Quand la Maria vai ai* molin

Fialant sa conilhada de brin

Emb son sac sus son ase

E pom e pom e pom pa pa pom

Emb son sac sus son ase

« Ma belle Madelon » pa pa pom

 

Quand lo monier la vei venir

De rire pòt pas se tenir

Estachatz aquí vòtre ase

 

Lo temps que lo molin moliá

Lo molinier la brandissiá

E lo lop minjava l’ase

 

Molinier tu me fas dei* tòrt

Tu m’embraças mon ase es mòrt

Que me dirà nòstre òme

 

Dins ma pòcha i a de l’argent

A prenetz ne’n e laissatz ne’n

Anatz ‘chaptar n’autre ase

 

Quand son òme la vei venir

De purar pòt pas se tenir

Aquí quò es pas nòstre ase

 

Nòstre ase a los quatre pès blancs

Los dos darreir lo dos davant

La raja dei cuol negra

E la bufeta negra

 

Sabes-tu pas paubre lordaud

Que lo mes de mai lo mes d’abriau

Tota béstia chamja de piau

Aitau n’a fach nòstre ase)

 

Quand los boissons torràn florir **

Los cornards vos rasemblaretz

Tu seràs capitena

 

 

* : ai pour al et dei pour del

** : torràn : contraction de tornaràn

 

Catalogue Coirault : type 2112 « Marianne au moulin » ou « L’âne mangé à la porte du moulin »

Cf. biblio. 8 et 9

Léon Peyrat ne chante sur cette mélodie que le dernier couplet « Quand los boissons… ». Il le donne comme complément à une version chantée juste avant par Abel Courbet, chanteur présent lors de l’enregistrement de 1988. Son refrain étant différent de celui de Courbet, j’ai considéré ce fragment comme une version à part entière, appartenant au répertoire personnel de Peyrat. Je l’ai complété avec les autres couplets chantés par ailleurs par Peyrat sur un tout autre air (N°22).

 

Quand la Marie va au moulin / Filant sa quenouille de “brin” / Avec son sac sur son âne / Quand le meunier la voit venir / De rire ne peut se tenir / Attachez là votre âne / Le temps que le moulin tournait / Le meunier la secouait / Et le loup mangeait l’âne / Meunier tu me fais du tort / Tu m’embrasses et mon âne est mort / Que me dira mon homme ? / Dans ma poche y a de l’argent / Prenez-en et laissez-en / Allez acheter un autre âne / Quand son homme la voit venir / De pleurer ne put se tenir / Là ce n’est pas notre âne / Notre âne a les quatre pieds blancs / Les deux derrière les deux devant / La raie du cul noir / Et la “bufette” noire / Ne sais-tu pas pauvre lourdaud / Qu’entre le mois de mai et le mois d’avril / Toutes les bêtes changent de poil / Ainsi a fait notre âne / Quand les buissons refleuriront / Les cornards vous vous rassemblerez / Et tu en seras capitaine.

30. CHAS NOS N’AVIAM UN ASE

 

 

Chas nos n’aviam un ase (bis)

Qu’anava ai* prat tot sol

Vira dondena

Qu’anava ai* prat tot sol

Ma dondon

 

Chas nos n’aviam un ase

Qu’anava ai* prat tot sol

 

Sus son chamin rencontra

Monsur compaire lo lop

 

L’ase chau qu’ieu te minge

Chau qu’ieu te minge tot

 

« Faràs pas » se dit l’ase

Te’n sabe de pus bon

 

N’auràs un plen prat d’oelhas

De oelhas de moltons

 

Nòstre lop lai davala

Lai tròba ren dei* tot

 

 

* :  ai pour al et dei pour del

 

Cf. biblio.9

 

Chez nous avions un âne / Qui allait au pré tout seul / Chez nous avions un âne / Qui allait au pré tout seul / Sur son chemin rencontre / Monsieur compère le loup / L’âne il faut que je te mange / Il faut que je te mange tout entier / Ne le fait pas dit l’âne / Je t’en sais de meilleurs / Tu auras un plein pré de brebis / De brebis de moutons  / Notre loup y descend / N’y trouve rien du tout.

 

31. LA BELLE SE PROMÉNE

 

La belle se promène – Dans son jardin (fleuri) angé (bis)

O maladigui d’la gigigi d’la lalala

Ja dégadé jan de la guignolet

J’lai entendu sur l’oranger

 

La belle se promène – Dans son jardin (fleuri)

(Il arrive une barque – De trente matelots

Le plus jeune des trente – Chantait une chanson

La belle chansonnette – Je voudrais la savoir

La belle montez en barque – Et nous vous l’apprendrons

La belle fut pas en barque – Qu’elle se mit à pleurer)

Que pleurez vous la belle – Qui vous fait tant pleurer (1)

(Je pleure mon cœur en gage – Que vous m’avez volé)

 

(1 ) variante : « Mais qu’avez-vous la belle – Qui vous fait tant pleurer ».

 

Catalogue Coirault : type 1317 « La barque à trente matelots »

Léon Peyrat ne chantait que les 1er et 7ème couplets, mais cette chanson appartient de façon évidente au même type que le N°11 « Il arrive une barque ». Je propose donc de compléter l’une avec les paroles de l’autre. Je propose aussi d’ajouter le mot « fleuri », non chanté par Peyrat, à la fin du 1er couplet, afin de le mettre en conformité avec la structure métrique de l’ensemble du texte.

Cf. disco.1

32. DERRIERE CHEZ NOUS Y A UN P’TIT BOIS

 

Derrière chez nous y a un p’tit bois (bis)

Où l’on y va cueillir des noix

P’tit bonnet p’tit bonnet

P’tit bonnet d’coton

Ohé oh p’tit bonnet p’tit bonnet

Ohé oh p’tit bonnet d’coton

 

Derrière chez nous y a un p’tit bois

Où l’on y va cueillir des noix

On y va deux on revient trois

J’en fus malade pendant neuf mois

A l’hôpital on m’emmena

Tous mes parents venaient me voir

Seul mon amant ne venait pas

Enfin un jour il arriva

Me mit la main sur l’estomac

Et je lui dis mets-la plus bas

 

 

Catalogue Coirault : type 2302 « Le champ de pois »

33. LE MATIN QUAND JE ME LEVE (ET YOUP YOUP YOUP)

 

Le matin quand je me lève

Et youp youp youp et tralalira

Je m’en vas couper du bois (bis)

 

Et quand les neuf heures arrivent

Que la soupe ne vient pas

 

Je mets ma hache à l’épaule

A la maison je m’en vas

 

Je trouve ma femme au lit

Dans les bras d’un avocat

 

Je tape un coup sur ma femme

Et deux coups sur l’avocat

 

Catalogue Coirault : type 5912 « Le mari qui revient du bois »

34. LES TISSERANDS

 

Les tisserands font plus que vous ne faites (bis)

Ils ont toujours envie de faire la fête

Et lon lan la

Et tire la navette

Le beau temps viendra

 

Les tisserands font plus que vous ne faites

Ils ont toujours envie de faire la fête

Les tisserands sont joueurs de navette

Et le lundi ils commencent leur pièce

Et le mardi ils boivent chopinette

Le mercredi ils ont mal à la tête

Et le jeudi plus rien dans leur boursette

Le vendredi ils reviennent à leur pièce

Mais samedi la pièce n’est point faite

 

 

Type 6414 « La semaine ouvrière »

L’interprétation enregistrée de cette chanson ne suit pas rigoureusement les répétitions de vers propres aux « chansons enchaînées », où le second vers d’un couplet devient le premier du couplet suivant. L’appartenance de cette chanson à cette forme particulière me parait malgré cela évidente, et c’est ainsi que je choisirais de la chanter.

35. CHEZ NOUS N’AVIAM UNE CHEVRE

 

Chez nous n’aviam une chèvre (bis)

Qu’avait les quatre pieds blancs

Ran tan plan tradéridé ramplan

Ran tan plan tadérère

 

Chez nous n’aviam une chèvre – Qu’avait les quatre pieds blancs

Un jour elle s’en va paître – Dans le pré du Normand

Le Normand la regarde – Et il n’est pas content

On l’amène à l’audience – Avec les assistants

Elle lève la queue – Et s’assit sur un banc

Elle fit un pet au juge – Un’vesse aux assistants

Un plein panier de crottes – Pour monsieur l’président

36. TOUT EN ME PROMENANT LE SOIR AU CLAIR DE LUNE

 

Tout en me promenant

Le soir au clair de lune

J’aperçois un pommier

Qu’était couvert de prunes

Tambours battez la générale au point du jour

La générale au point du jour

Tambours battez toujours

 

Tout en me promenant – Le soir au clair de lune

J’aperçois un pommier – Qu’était couvert de prunes

Je me suis approché – Pour en attraper une

La vieille qui m’aperçoit – Cria voleur de prunes

Je lui ai répondu – Ce ne sont pas là tes prunes

Et je baisse mon pantalon – Je lui fis voir la lune

 

Léon Peyrat chante cette chanson en trois couplets de quatre vers. Sa forme permet cependant de l’interpréter en forme de chanson enchaînée, et c’est bien ainsi qu’on la retrouve dans d’autres collectes (par exemple l’interprétation de M. Bidaud, en Haute-Vienne, disco. 3)

AUTRES CHANSONS RYTHMÉES À DEUX TEMPS

37. J’AI MA FEMME QUI ME GRONDE

 

J’ai ma femme qui me gronde

Quand je vais au cabaret

Elle a beau faire elle a beau dire

Elle peut pas m’en empêcher

Et toujours là faire la ribote

Avec l’argent du paysan

 

Elle me traite d’ivrogne

Tu mangeras tout mon bien

Tu mangeras mon domaine

Et mes enfants n’auront rien

Et toujours là faire la ribote

Avec l’argent du paysan

 

Un jour je dis à ma femme

Je ne boirai plus de vin

Adieu le jus de la treille

J’en aurai bien du chagrin

Je n’irai plus faire la ribote

Avec l’argent de la maman

 

Cf. disco. 1

38. REVEILLEZ VOUS LES GENS

 

Réveillez vous les gens

Vous les gens qui sont dormant

Oh la grande folie

De dormir sans souci

 

Auvetz la mòrt que ròda

Que ròda autour de vos

Ela es coma nòstra ombra

Ela nos sec pertot

 

Lo rei e mai la reina

Emb lors galons d’argent

N’auràn pas mai de gràcia

Que los paubres paisans

 

Une chanson de « Réveillez », c’est-à-dire de quête nocturne des œufs pendant la Semaine Sainte, coutume qui avait cours en Corrèze et dans une partie de l’Auvergne.

Cf. disco. 2 et biblio. 8 et 9

 

 

Écoutez la mort qui rôde / Qui rôde autour de vous / Elle est comme notre ombre / Elle nous suit partout / Le roi et aussi la reine / Avec leurs galons d’argent / N’auront pas plus  de grâce / Que les pauvres paysans.

 

BOURRÉES

39. AVAL DINS LAS ROBIERAS

 

Aval dins las robieras

Los canards lai son (bis)

Lai son que lai se banhon

Mai los canatons (bis)

 

Lo filh dei rei lai chaça

N’a tirat lai tres mas n’a mancat dos

N’a tirat la soá mia

Per lo costat drech (bis)

 

O mia paubra mia

T’ai benleu fach mau (bis)

Un pauc o mas pas gaire

Morir ieu me’n vau (bis)

 

Faràs pas tu la bela

Ieu te sonharai ieu te garirai

Farai de l’aiga ròsa

Ieu te sonharai ieu te garirai

 

La n’aguet pas fretada

La bela risset (bis)

T’aviá ben dich la bela

Que te fretariá que te gaririá

 

 

 

Coirault type 1418 « Le galant à l’arbalète »

Cette chanson est connue aussi, sous d’autres formes, dans le répertoire des régions de langue d’oïl

Cf. biblio. 8 et 9

 

Là-bas au bord de l’eau / Les canards y sont / Ils y sont et ils s’y baignent / Même les canetons / Le fils du roi y chasse / En a tiré trois mais il en a manqué deux / Il a tiré sur sa mie / Dans son flanc droit / Oh mie pauvre mie / Je t’ai peut-être fait mal / Un peu mais pas beaucoup / Je m’en vais mourir  / Te ne le feras pas belle / Je te soignerai je te guérirai / Je ferai de l’eau rose / Je te soignerai je te guérirai / Dès qu’il l’eut un peu frottée / La belle se mit à rire / Je te l’avais bien dit la belle / Que je te frotterais que je te guérirai

40. SUS LO PONT D’A BRIVA / BAISSA-TE MONTANHA

 

Sus lo pont d’a Briva

I a de gentias flors

De blanchas, de rojas

De totas colors

 

Se ieu lai passava

Ieu ne’n culhiriá

‘N boquet per ma mia

Ieu li portariá

 

‘la se’n es-t-anada

L’ingrata béstia

Ne pòde pus viure

Sens son amistat

 

S’ela se marida

Sabe que farai

‘Nirai a la guerre

Pus ne’n tornarai

 

Baissa-te montanha

Nauta-te valon

M’empachas de veire

La miá Janeton

 

L’ai ben tant cherchada

Boisson per boisson

Que la n’ai trobada

A l’ombra d’un garçon

 

Lonh se’n es-t’anada

L’ingrata bèstia

Ne’n pòde pus viure

Sens son amistat

 

S’ela se marida

Sabe que farai

‘Nirai a la guerra

E ne’n tornarai

 

 

 

Une chanson très connue en Limousin et en Auvergne, que Léon chante avec deux textes un peu différents, que je donne ici.

Cf. biblio; 8 et 9

 

Sur le pont de Brive / Il y a de belles fleurs / Des blanches, des rouges / De toutes les couleurs / Si moi j’y passais / J’en cueillerais / Un bouquet pour ma mie / Je le lui porterais / Elle s’en est allée / L’ingrate bête / Je ne peux plus vivre / Sans son amitié / Si elle se marie / Je sais ce que je ferais / J’irais à la guerre / Et j’en reviendrai / Baisse-toi montagne / Hausse-toi vallon / Tu m’empêches de voir / Ma Janeton / Je l’ai bien tant cherchée / Buisson par buisson / Que je l’ai trouvée / À l’ombre d’un garçon / Loin s’en est allée / L’ingrate bête / Je ne peux plus vivre / Sans son amitié / Si elle se marie / Je sais ce que je ferais / J’irai à la guerre / Et je reviendrai.

41. LO MERLE

 

Lo merle n’a fach son niu

Dins la raiç de l’aubre

Sus lo bòrd dei* riu

Las dròllas que lo levaràn

Quest’annada se maridaràn

O dròllas ‘natz lo levar

Que lo merle se’n vai mainar

 

 

* : dei pour del

Une bourrée arrangée par Léon.

Cf. disco. 2

 

Le merle a fait son nid / Dans la racine de l’arbre / Sur le bord du ruisseau / Les filles qui le lèveront / Dans l’année se marieront / Oh filles allez le lever / Car le merle va s’en charger.

42. DELAI LO RIBATEL

 

Delai lo ribatel

La lebròta la lebròta

Delai lo ribatel

La lebròta l’i duerm

Anatz la revelhar

Que setz un bon chaçaire

Anatz la revelhar

Benleu vos la tuariatz

 

Aval lo ribatel

La lebròta la lebròta

Aval lo ribatel

La lebròta lai vai

Anatz la revelhar

Que setz un bon chaçaire

Anatz la revelhar

Benleu que la tuariatz

 

Delai lo ribatel

I a ‘na lebre i a ‘na lebre

Delai lo ribatel

I a ‘na lebre que duerm

Arcatz la revelhar

Vos que setz bon chaçaire

Arcatz la revelhar

La mancariatz pas

 

Se barre dins l’ostau

Ma miona ma miona

Se barra dins l’ostau

Ma miona sens clau

Mai que lebre e que jai

Que ma chaça es bona

Mai que lebre e que jai

Que ma chaça me plai

 

Chamja coma lo vent

Tota femna tota femna

Chamja coma lo vent

Tota femna sovent

Mielhs qu’a femna se fiar

Chau ne’n préner l’estrena

Mielhs qu’a femna se fiar

Chau d’ela s’amusar

 

Sus aquò sem d’acòrd

Mai ta maire e ta maire

Sus aquò sem d’acòrd

E ta maire e ta sòr

D’ombra ven lo solelh

E de nivol l’esclaire

D’ombra ven lo solelh

E d’amor lo plaser

 

Au-delà du ruisseau

La levrette la levrette

Au-delà  du ruisseau

La levrette y dort

Allez la réveiller

(Vous) qui êtes un bon chasseur

Allez la réveiller

 

 

Les deux premiers couplets donnés ici ont été chantés ensemble par Léon et son frère, on entend de légères variantes entre les deux.

Les quatre derniers couplets donnés ici correspondent aux paroles chantées par Léon Peyrat en 1988 : on retrouve intégralement la version des paroles publiées par F. Célor en 1904. Il me paraît vraisemblable que Léon Peyrat ait eu connaissance de cette version écrite, car il paraît un peu mal à l’aise et hésite un peu dans le placement rythmique de certaines paroles sur l’air, signe qu’il n’avait pas chanté souvent cette version.

Cf. biblio. 8

 

 

Peut-être vous la tueriez / Là-bas au ruisseau / La levrette la levrette / Là-bas au ruisseau / La levrette y va / Allez la réveiller / (Vous) qui êtes un bon chasseur / Allez la réveiller / Peut-être vous la tueriez / Au-delà du ruisseau / Il y a un lièvre, il y a un lièvre / Au-delà du ruisseau / Il y a un lièvre qui dort / Sautez le réveiller (sic) / Vous qui êtes bon chasseur / Sautez le réveiller (sic) / Vous ne le manqueriez pas / Si je ferme dans la maison / Ma mie, ma mie / Si je ferme dans la maison / Ma mie sans clé / Plus que lièvre et geai / Que ma chasse est bonne / Plus que le lièvre et geai / Que ma chasse me plaît / Elle change comme elle veut / Tout femme, toute femme / Elle change comme elle veut / Toute femme souvent / Mieux qu’à femme se fier / Il faut en prendre l’étrenne (la 1ere occasion) / Mieux qu’à femme se fier / Il faut s’amuser d’elle / Sur cela nous sommes d’accord / Même ta mère même ta mère / Sur cela nous sommes d’accord / Et ta mère et ta soeur / D’ombre vient le soleil / Et du nuage l’éclair / D’ombre vient le soleil / Et d’amour le plaisir.

43. QUAU LA FARÀ DANçAR

 

Quau la farà dançar

La petita moliniera?

Quau la fa rà dançar

Quand ieu çai serai pas?

Quò serà los Graulieras

Que la  faràn dançar

Quò serà los Graulieras

Que la faràn dançar

 

Qui la fera danser / La petite meunière / Qui la fera danser / Quand moi je n’y serai pas / Ce seront ceux de La Graulière / Qui la feront danser / Ce seront ceux de La Graulière / Qui la feront danser.

44. LOS CHAUMELHÓS

 

Los Chaumelhós

Quò es de bons garçons

Quò es de bons garçons

La de gue òc es paubras dròllas

Quò es de bons garçons

La de gue los Chaumelhós

 

‘Queus que las menon

Las auràn pas

Las volam gardar

La de gue òc es nòstras dròllas

Las volam gardar

La de gue per los Seilhac (1)

 

 

 

(1) Variante : per los Lonzac

 

Les Chaumeillois / Sont de bons garçons / Sont de bons garçons / Ladegué pauvres filles / Sont de bons garçons / Ladegué les chaumeillois / Ceux qui les emmènent / Les n’auront pas / Nous voulons les garder / Ladegué pauvres filles / Nous voulons les garder / Ladegué pour ceux de Seilhac.

45. LAS DRÒLLAS DEI LONZAC

 

Las dròllas dei* Lonzac

L’an large e l’an long

L’an large e l’an long

Las dròllas de la montanha

L’an large e l’an long

Las dròllas d’a Tresant (?)

 

 

* : dei pour del

 

Le dernier mot est resté mystérieux, nous lançons un appel à qui pourra le traduire ou l’expliquer (S’agit-il d’un lieu-dit des environs, ou d’un mot déformé et rendu obscur par les aléas de la transmission orale ?).

Cf. disco.1

 

Les filles du Lonzac / L’ont large et long / L’ont large et long / Les filles de la montagne / L’ont large et long / Les filles de Trezon (?).

46. A! B’AQUI PAUBRES DROLLES

 

A! b’aquí paubres dròlles

Las dròllas vos aurán

Quò vos será pas brave

Deman zo vos dirán

 

Chas nos i a de las dròllas

Se vòlon maridar

Mas vòlon pas de vaslets

Vòlon mas daus ainats

 

Tant vau qu’ieu me maride

Ujan coma d’ueinan

Ujan farem la nòça

D’ueinan farem brin bran

 

 

 

Cf. biblio. 9

 

 

* Brin bran : bruit du berceau (ils auront un enfant)

 

 

Eh bien pauvres garçons / les filles vous auront / Cela ne vous plaira pas / Demain elles vous le diront. / Chez nous il y a des filles / Qui veulent se marier / Elles ne veulent pas des valets / Pas plus que des vieux / Mieux vaut que je me marie / Cette année que  l’an prochain / Cette année nous ferons la noce / L’an prochain nous ferons brin bran*.

47. PASSA LA BELA

 

 

Passa la bela

Laissa passar

La ribiera ne’s tan bela

T’engaulhariá

La la la…

 

Las chabras brunas

Son de bon gardar petita

Quand son dins lo vergier

Lo lop las vei pas

La la la…

 

Pierre labora

Dins lo champ d’a Brach

Tres demaiselas

Lo menon pel braç

 

‘Na trista annada

Se passa per ieu

Maridon nòstr’ainada

E me laisson ieu

Un’ autr’ annada

Quò será pas aitau

Françoise que juega (1)

Jugarà per ieu

 

 

 

 

(1) variante : Champeval que juega

 

J’ai réuni ici plusieurs bourrées aux textes indépendants, mais qui sont sur des variantes du même air. On notera que Léon Peyrat changeait le nom dans le dernier couplet, intégrant dans la chanson une personne présente.

 

 

 

Passe la belle / Laisse passer / La rivière n’est tant belle / Elle te mouillerait / La la la… / Les chèvres brunes / Sont faciles à garder petite / Quand elles sont dans le jardin/verger / Le loup ne les voit pas / La la la… / Pierre laboure / Dans le champ de Brach / Trois demoiselles  / Le mène par le bras / Une triste année  / Se passe pour moi / On marie notre aînée / Et on ne me laisse rien / Une autre année / Sera comme çà / Françoise qui joue / Jouera pour moi.

48. N’AI TRES AULANAS DINS MA POCHA

 

N’ai tres aulanas dins ma pòcha

Quand vau velhar las fau trincar

Trincatz trincatz mas aulanetas

Tres coma vos las auriatz pas

 

Quand las aulanas son maduras

Tan pauc de vent las fai tombar

Aitau faràn las jòunas filhas

Quand se voldràn bian maridar

 

Mair mair maridatz-me ieu

Sei l’ainada sei l’ainada

Mair maridatz-me ieu

Sei l’ainada de chas ieu

 

 

 

Deux bourrées que Léon avait chantées en les enchaînant, sans doute à cause du thème commun à leurs paroles. J’ai donc gardé ici cette association.

Cf. biblio. 8 (pour la première)

 

 

Quand je vais veiller, je les fais trinquer / Trinquez, trinquez mes noisettes / Trois comme vous ne les aurez pas / Quand les noisettes sont mûres / Un peu de vent les fait tomber / Ainsi feront les jeunes filles / Quand elles voudront se marier / Mère, mère, mariez-moi / Je suis l’aînée, je suis l’aînée / Mère, mariez-moi / Je suis l’aînée de chez moi.

49. QUAND PASSARETZ PETITA

 

Quand passaretz petita

Venetz nos veire

Vos donarem de las bonas calhadas

E daus pastissons a plens palhassons

 

 

Cf. biblio. 8

 

 

Quand vous passerez petite / Venez nous voir / Nous vous donnerons des bonnes caillades / Et des gâteaux à plein “pailhassou”.

 

AUTRES COUPLETS À DANSER

50. PER DANçAR LA « POLECA »

(Polka)

 

Per dançar la « poleca »

Chau aver la chamba francha

Per dançar la « poleca »

Chau saber tornar lo pas

A de gue damenatz lai vos

Lai somblatz la barra la barra

A de gue damenatz lai vos

Lai somblatz la barra dei* lop

 

 

 

* : « dei » pour « del »

Bien que les danses de couples soient importées, et vraisemblablement bien plus récentes que les bourrées dans le répertoire local, certaines mélodies ont eu le temps d’être dotées de paroles en occitan. En général ces couplets à danser ont les mêmes caractéristiques que ceux des bourrées, et certains sont peut-être des recyclages de couplets de danses plus anciennes passées de mode, comme d’ailleurs certaines mélodies elles-mêmes. En tout cas ce couplet-ci n’est pas antérieur à la diffusion de la polka elle-même, c’est-à-dire au milieu du XIXème siècle.

 

Pour danser la polka / Il faut avoir la jambe franche / Pour danser la polka / Il faut savoir marquer le pas / A de gue remuez-vous / Vous ressemblez à la barre, la barre / A de gue remuez-vous / Vous ressemblez à la barre du loup.

 

DISCOGRAPHIE – BIBLIOGRAPHIE

 

On peut entendre la voix (et le violon) de Léon Peyrat sur les publications suivantes :

1/ LÉON PEYRAT – Saint-Salvadour (CD MODAL 1999)

2/ VIOLONEUX CORRÉZIENS (Vinyl Musiciens Routiniers, réédition en CD CRMTL)

3/ CHANTEURS ET MUSICIENS EN LIMOUSIN (CD SILEX 1995)

 

Des chansons et mélodies de son répertoire ont été reprises par des musiciens revivalistes. On peut citer notamment les enregistrements des groupes : Le Grand Rouge, Lo Jai, Trio Violon (Vrod-Durif-Champeval), Les Violons Limousins (dirigés par Françoise Étay), etc.

 

Outre les disques cités plus haut, on peut entendre des chanteurs collectés en Corréze sur :

4/ CHANTS CORRÉZIENS recueillis et édités par Hugh Shields (Trinity College, Dublin, 1994)

 

Dans l’introduction sur les gammes non tempérées, on a cité des enregistrements publiés de :

 

5/ LOUISE REICHERT (vinyl OCORA 1980, réédité en CD?)

6/ ALFRED MOURET (CD MODAL, 2002)

et Joseph Perrier :

7/ CHAMPS-SUR-TARENTAINE – Musique du canton (K7 AMTA )

 

En ce qui concerne les publications écrites, les collectes les plus anciennes et les plus importantes recueillies en Corrèze sont les deux séries de chants publiés par :

 

8/ François Célor-Pirkin dans le Bulletin de la Société Scientifique, Historique et Archéologique de la Corrèze à partir de 1898, et regroupés en un volume (avec un supplément) en 1904 sous le titre « Chansons populaires et bourrées recueillies en Limousin ».

9/ Léon Branchet, Jean-Baptiste Chèze et Johannès Plantadis dans la revue Lemouzi de 1905 à 1922, dont une partie a été rééditée par cette même revue en 1995 « Chants et chansons populaires du Limousin » (Lemouzi N°136, octobre 1995).

 

D’autres recueils postérieurs ont largement emprunté à ces deux collections, notamment Joseph Canteloube dans son « Anthologie des chants populaires français », dans la section consacrée au Bas-Limousin.

 

Les travaux de Patrice Coirault sur la chanson traditionnelle de langue française sont incontournables pour qui est curieux de son histoire et de ses caractères. Parmi ses ouvrages, voici ceux que j’ai pu me procurer :

10/ « Répertoire des chansons françaises de tradition orale », tomes I et II (Bibliothèque Nationale de France, 1996 et 2000). Le tome III est à paraître, il contient des catégories de chansons pour lesquelles je n’ai donc pas pu donner de références ici.

11/ « Recherches sur notre ancienne chanson populaire traditionnelle » (5 exposés parus de 1927 à 1933)

12/ « Formation de nos chansons folkloriques » (4 volumes parus de 1953 à 1963)

On trouvera les références détaillées de tous ses ouvrages dans

13/ « Autour de l’oeuvre de Patrice Coirault » (FAMDT éditions 1997)

 

Il reste à souhaiter qu’un aussi vaste travail de synthèse soit effectué un jour sur la chanson traditionnelle de langue occitane.

 

4e de couverture

Le pays de Tulle a été, jusque dans un passé récent, un “pays de chansons”. Ce patrimoine issu d’un fond ancien occitanophone aussi bien que francophone est largement marqué par une identité musicale très originale .
Parmi tous ses interprètes, Léon Peyrat, violoneux à Saint-Salvadour et personnalité historique des musiques traditionnelles, possédait un très beau répertoire de ces chansons issues, pour l’essentiel, d’une pratique familiale.

Ce premier ouvrage, d’une collection de documents sur les musiques limousines initié par le Centre Régional des Musiques Traditionnelles, est l’œuvre de Jean Marc Delaunay.
L’auteur l’a conçu comme un outil de référence documenté mais accessible au plus grand nombre pour qui veut connaître, apprendre et re-chanter la chanson traditionnelle limousine et plus particulièrement celle des territoires corréziens autour de Tulle.

 

Jean Marc Delaunay, musicien et enseignant en Limousin, est aujourd’hui un des meilleurs interprètes et connaisseurs des musiques auvergnates et limousines.
Il travaille également depuis plusieurs années sur les sources documentaires, écrites et sonores, des musiques traditionnelles du Massif Central.