Jean-Marc Delaunay, animateur au CRMTL, vous propose un choix de 44 mélodies extraites d’un recueil de théâtre chanté du XVIIIe siècle : « Les Parodies du Nouveau Théâtre Italien » (édition de 1738). Ces airs, parfois apparentés au répertoire traditionnel, ont été choisis pour alimenter le répertoire actuel de la chabrette limousine, et pour susciter la curiosité sur des sources musicales encore peu connues des musiciens. On en trouvera ici partitions et interprétations à la chabrette.
La compilation des textes et partitions de cet article est téléchargeable [ici->doc2209].44 mélodies extraites des « Parodies du Nouveau Théâtre Italien », édition de 1738, choisies pour la chabrette.—-

SOMMAIRE

  1. Les sources
  2. Le répertoire
  3. L’interprétation
    1. Airs en doigté de plein-jeu majeur
    2. Airs en doigté d’entremain majeur
    3. Airs en doigté de plein-jeu mineur
    4. Airs en doigté d’entremain mineur

 

1. LES SOURCES

B__PNTI_piece_1Il s’agit ici d’un recueil de pièces de théâtre comique, parodiant les opéras de la même époque
: je renvoie le lecteur curieux à des liens documentés sur l’aspect historique et littéraire de ce théâtre(Les quatres volumes des « Parodies du Nouveau Théâtre Italien » sont consultables en ligne sur Google livres.). A la fin de chacun des quatre volumes, on trouve un grand nombre d’airs numérotés, sur lesquels devaient se chanter des couplets et tirades insérés dans le texte théâtral. Ce sont au total plusieurs centaines de mélodies qui nous sont ainsi données (le répertoire des deux éditions, de 1731 et 1737, n’est pas identique).

Ces airs appartiennent à l’énorme répertoire de « timbres » et « fredons », d’origines variées (chansons des rues, airs de danses, airs d’opéras, chansons de toutes sortes), qui ont pendant plusieurs siècles servi de support mélodiques aux créations et parodies des chansonniers de tous styles : auteurs de chansons à boire, de satires politiques, de cantiques, de complaintes, de couplets de théâtre etc. Ce répertoire a été sans cesse alimenté en nouveautés, mais a aussi réemployé des airs connus. Ainsi, un air trouvé dans un recueil dans les années 1720 ou 1730 peut remonter au XVIIe siècle, mais peut être aussi encore en usage au XIXe , par exemple dans « La Clef du Caveau », énorme recueil de référence à usage des chansonniers, où j’ai retrouvé des airs déjà connus un siècle et demi avant. Il est intéressant de relever des indices de circulation orale dans les transformations et les variantes (de mesure, de rythme, de mode, de structure) présentés par différentes versions de ces airs à travers les recueils.

J’ai donc pu recopier (à la main !) des centaines d’airs dans « Les Parodies du Nouveau Théâtre Italien » et d’autres recueils de la même époque, pour partie dans le cadre d’un travail effectué à la fin des années 1990 dans l’association « Les Brayauds-CDMDT63 ». Je profite de cette occasion pour les en remercier, ainsi que tout le personnel de la section « patrimoine » de la Bibliothèque Municipale de Clermont-Ferrand, pour leur gentillesse et leur très grande disponibilité.
Je rappelle au public intéressé que j’avais déjà eu l’occasion de publier une série d’airs issus d’un recueil de théâtre chanté de la même époque, le « Théâtre de la Foire », dans la collection « Les notes du trimestre » du CDMDT03.

2. LE RÉPERTOIRE

Le répertoire donné ici, bien que sélectionné en fonction des possibilités techniques propres à la chabrette limousine (tessiture d’une octave et une note), me semble assez représentatif des couleurs musicales présentées par l’ensemble de ces recueils. On a là un monde mélodique adaptable facilement à un son de musique populaire : il s’agit de « fredons », de mélodies à chanter, donc chantantes et chantables sans prouesses de technique vocale. L’ambitus des mélodies est donc peu étendu, il y a beaucoup d’airs sans modulation (changements de tonalité) ou avec des modulations compatibles avec un bourdon.

Beaucoup de ces airs portent l’empreinte de rythmes de danse, en plus de ceux explicitement désignés comme menuets, cotillons ou autres. Les airs sont courts, de formes comparables à celles des airs traditionnels : forme binaire (AB) ou en rondeau (ABA), ou à trois phrases (ABC, que j’ai interprété suivant les cas soit AABCC, soit AABCBC).
Un certain nombre de ces airs sont répertoriés dans le catalogue Coirault comme des versions anciennes de chansons de la tradition populaire, ce qu’on reconnaît aux titres ou refrains donnés comme « timbres » (désignations de ces airs connus), dont beaucoup résonnent familièrement : « Rossignolet du verd bocage », Digue digue don dondaine », « Et lon lan la ma tourelourirette », »Quand la bergère vient des champs », « Galant retirez-vous », « Il étoit une jeune fille », « Ton joli belle meunière », « Je voudrais bien me marier », « Margoton m’aimez-vous »…

Les autres titres évoquent le genre du vaudeville ou de la chanson satirique, écrites par des versificateurs habiles (« Qu’un jeune étourdi se marie », « Je fuis l’heure des emplettes », « Un barbon à la grise mine », « Bien souvent l’hymen le plus doux »), ou bien les innombrables chansons à boire et chansons libertines (« Un Carême en buvant l’autre jour »).

D’autres évoquent l’imaginaire pastoral de l’aristocratie, peuplé de bergers de fantaisie aux noms mythologiques tels Iris et Tircis, voire de plus prosaïques Nannettes (« Bergeries de Couperin », « Trop aimable Nannette », « Je fais souvent raisonner (sic) ma musette », « Ne quittez pas votre houlette »), ou de plus vagues préciosités sentimentales (« un amant avec ce qu’il aime », « Ici chacun s’engage », « souvent l’amant voit sans tristesse », « Amants et vous fillettes »).

Parfois le timbre nous renseigne sur l’œuvre d’origine ou le compositeur (« Bergeries de Couperin », « Menuet des Festes Grecques et romaines », « Vaudeville du retour de fontainebleau »).

Pour finir, d’autres évoquent des chansons au ton plus populaire, ou trivial (« Faire l’amour la nuit et le jour », « Avec ma trompe je réveille Catin », « Jean Gille », « Les ceux qui l’ont tué », « Ouvre-moi la porte petite Nanon », « C’est pas pour vous que le four chauffe », « Si Margoton avoit voulu »). Les indices sont ici trop maigres pour situer avec certitude ces dernières chansons, mais ces titres peuvent faire penser à des styles moins littéraires tels les « Pont-Neufs » et autres chansons des rues parisiennes.

3. L’INTERPRÉTATION

Sans vouloir reconstituer un hypothétique style ancien, je joue ici ces thèmes comme j’ai l’habitude de jouer des airs de danses traditionnelles et populaires, avec des choix de tempos et de cadence, ainsi que d’ornementation influencés par ces derniers. Il s’agit de livrer un matériau musical, que chacun pourra interpréter et varier à sa guise.

On n’y trouvera pas des interprétations de chabrette abouties esthétiquement ni parfaites techniquement : il n’y a que très peu de temps que je dispose d’une chabrette en état de marche, et je ne la maîtrise pas encore. Cependant je rêvais depuis longtemps de proposer un choix d’airs du XVIIIe pour cet instrument : j’en donne donc ici une première livraison, avec mes possibilités actuelles, pensant que mes collègues chabretaires pourront faire leur profit du répertoire, en étant indulgent sur les imperfections de mon jeu.

J’ai souvent introduit des reprises de phrases qui ne sont pas dans les partitions d’origine, là où cela paraissait judicieux à mon goût. D’un recueil à l’autre, le même air peut comporter ou pas ces reprises : il me semble que leur absence est peut-être due à la destination théâtrale du présent recueil, pour alléger le texte de la pièce en évitant les répétitions de paroles. C’est pourquoi, dans un contexte musical, il me paraît légitime de rétablir ici des reprises supposées.

Je donne ici trois partitions pour chaque air : l’écriture d’origine (mais réécrite en clé de sol, au lieu des différentes clés d’ut utilisées à cette époque pour les chansons) ; ce que je joue, avec l’ajout de reprises des phrases, sur une chabrette en La-Ré ; et enfin la même chose un ton plus bas, pour une chabrette en Sol-Do.

le répertoire proposé :

 

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