Violoneux de la Haute-Loire – Un choix de répertoire

À l’occasion d’un stage de violon que j’ai animé cet été au festival « Les Basaltiques » au Puy-en-Velay, et dont le sujet, sur ma proposition, était la musique des violoneux de Haute-Loire, j’ai constitué un choix d’une cinquantaine de mélodies. Vous pourrez les découvrir ici, avec pour chaque air :

  • au moins un enregistrement de l’interprétation d’origine (puisé dans la Base Interrégionale du Patrimoine Oral),
  • une proposition de réinterprétation
  • mes transcriptions en partitions au format pdf.

Tant les transcriptions que les réinterprétations ne prétendent pas à une fidélité absolue : elles sont

souvent le résultat d’un choix effectué parmi plusieurs petites variantes. À chacun de consulter les interprétations des violoneux pour corriger ou enrichir mes propositions.

Les musiciens


Illustration : Jean Jouve lors d’une noce (coll. Éric Roux)

Illustration : Jean Jouve lors d’une noce (coll. Éric Roux)

Les quatre violoneux qui ont pu être enregistrés sont :

  • Jean JOUVE, à Saint-Ilpize (par John Wright, Catherine Perrier, Emmanuel Lazinier, Mary Rhoads),
  • Léon MAZIÈRES à Blesle (par les mêmes, par Emmanuel Lazinier avec Jean-François Dutertre et Jean-Loup Baly, ainsi que par Frédéric Dorel),
  • Albert TAVERNIER à Azerat (par Frédéric Dorel, et par Éric Roux)
  • Urbain TRINCAL à Saugues (par Éric Roux).

D’autres personnes ont rencontré et enregistré ces violoneux, je ne cite ici que les sources des documents sur lesquels j’ai pu travailler. Les trois premiers musiciens sont du Brivadois (ouest du département, frontalier de l’Auvergne, et qui historiquement faisait d’ailleurs partie de la Basse-Auvergne, avant d’être associé au Velay pour constituer le département actuel). Urbain Trincal, lui, vivait à Saugues, dans la région de la Margeride, plus au sud du département (ancien « pays » du Gévaudan). Pour tous les renseignements biographiques sur ces musiciens, je me permets de vous renvoyer au site de Sylvain Guehl « violoneux.fr », qui a rassemblé autant d’informations que possible :

La plupart de ces informations viennent d’un travail d’Olivier Durif « Le violon populaire en Massif Central – Les violoneux et leur musique », que l’on peut télécharger sur notre site : https://crmtl.fr/ressources/patrimoine/le-violon-populaire-en-massif-central/

La musique

Illustration : Léon Mazières lors d’une noce (coll. Éric Roux)

A l’exception d’une marche de noces, tous les airs présentés ici sont des danses, à 40 % des bourrées à trois temps. Les autres danses (danses de couple pour la plupart) sont représentées chacune par un nombre assez faible d’airs, et il s’agit très souvent de danses liées à une mélodie particulière : variantes de polkas (polka piquée, badoise), de scottisches (le pas de loup, le brise-pieds, le vicaire, la scottisch-valse), « petites danses » (la chêvre, l’escargot ou galop, le père Counaud). On peut remarquer qu’une partie de ce répertoire est partagée par les différents violoneux, même si leurs versions diffèrent dans les détails.

Les danses génériques (valse, polka, mazurka, scottisch) apparaissent elles aussi avec un seul air, ou deux, sauf pour les valses : celles-ci étant souvent issues du répertoire de la chanson début XXe siècle et entre-deux-guerres (La valse brune, Sous les ponts de Paris etc), j’en ai peu retenu pour ce travail-ci. Pour les autres danses, il semble qu’une ou deux mélodies de chaque sorte pouvaient suffire à la pratique du musicien, dans l’hypothèse où le répertoire collecté en donne une image suffisamment représentative.

Le contraste est donc grand avec l’abondance des bourrées, ce qui est un trait partagé avec la musique des violoneux d’autres régions du Massif Central (Auvergne et Limousin). Comprenant quelques airs particuliers, parfois connus dans l’Artense (La montanhièra, Tan pire), le répertoire de bourrées reprend beaucoup de « standards » du Massif Central, dans des variantes très plaisantes (Ai vist lo lop, Para lo lop, La calha, Au bòsc de la fuelhada, La borréia d’Auvernha, ieu-z-ai cinc sòls etc).

Jean Jouve jouait ses mélodies principalement sur les deux cordes du milieu (doigté de la tonalité de Sol en accordage standard), en utilisant la corde de Sol à vide en bourdon. La plupart des autres violoneux utilisant plutôt les cordes aigûes, cela caractérise son son de violon. Les doubles cordes sont très présentes, et le jeu d’archet utilise le détaché, bien découpé et bien cadencé. Il n’y a pas de variations spectaculaires dans l’interprétation des airs.

Léon Mazières jouait plutôt dans les tonalités aigûes (Ré, et Sol authente), en démanchant à l’occasion (voir la bourrée que j’ai appelée « Monsur lo curat », d’après une version proche du Cézallier, chantée par Pierre Fournier). Son coup d’archet combine détaché et lié, voire « coulé » (jeu où l’archet peut lier les notes de la mélodie par mesures entières). Il chante souvent ses airs, j’ai donc donné les deux versions pour plusieurs pièces.

Albert Tavernier avait un jeu sobre et très efficace : un coup d’archet détaché et très franc, une cadence affirmée et précise, peu de doubles cordes et de variations.

Urbain Trincal avait aussi un coup d’archet très détaché, voire saccadé. En revanche, il utilisait les doubles cordes, avec un son un peu râpeux. Ce qui le caractérise, par rapport aux autres, est une tendance à la variation systématique : effet de la fantaisie du personnage (avérée dans sa vie), ou bien mémoire imparfaite, il est difficile de trancher sans l’avoir connu (jai eu quand même l’occasion de le voir une fois sur la fin de sa vie, en 1993 dans un café de Saugues, où nous avait emmené Jean-François Vrod à l’occasion d’un stage). En tout cas, j’ai l’impression, surtout sur les bourrées, qu’il retrouve au fur et à mesur et combine des motifs mélodiques, qui s’entremêlent en donnant un résultat différent à chaque fois. C’est pourquoi dans son cas la retranscription n’est pas littérale, mais résulte d’un choix parmi les motifs joués.

Pour résumer, je vais me citer moi-même, avec quelques phrases écrites pour présenter ce répertoire à l’occasion du stage : « Moins nombreux et médiatisés que les musiciens de l’Artense ou de la Corrèze, les violoneux de la Haute-Loire (présents surtout dans l’ouest du département) n’en présentent pas moins une musique intéressante, à la cadence vigoureuse. Jean Jouve, Léon Mazières, Urbain Trincal ou Albert Tavernier nous offrent un répertoire d’airs de danses, connus ailleurs dans le Massif Central, mais toujours avec des variantes particulières, sobres mais très efficaces. »

Vous pouvez consulter l’analyse détaillée qu’a fait Éric Desgrugilliers de l’interprétation de Jean Jouve et de Léon Mazières dans les articles suivants : https://amta.fr/2017/09/le-pas-du-loup et https://amta.fr/2014/07/mazurka-glissee

J’espère que vous aurez envie de découvrir cette musique : l’exemple du jeu de ces violoneux peut nous apprendre à donner de la cadence, de l’intensité et de la consistance, à des mélodies d’apparence simple ou usées par une trop grande familiarité. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’autres « petits violoneux » à travers nos régions, parfois un peu laissés de côté par les musiciens revivalistes, car leur jeu n’était pas virtuose, leur style spectaculaire ni leur répertoire très original.

Les partitions en pdf

Les enregistrements

Liste de lecture des collectes

Liste de lecture des réinterprétations par Jean-Marc Delaunay