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le chant de la gaïda

Siyka Katzeva est une des figures emblématiques actuelles du jeu de gaïda, la cornemuse bulgare. Installée depuis quelques années en Limousin, elle présentera une conférence sur la
musique traditionnelle bulgare le 23 mai 2003 à l’auditorium du CNR de Limoges (le vendredi 23 mai 2003 à 20h30 à l’Auditorium du CNR.).

Rencontre avec une artiste, enseignante et chercheuse qui nous fait partager sa passion pour la cornemuse et les musiques traditionnelles bulgares.

Les nouvelles musicales et chorégraphiques du Limousin : Comment avez-vous découvert la cornemuse ?
Siyka Katzeva-Chaulet J’ai un oncle qui joue de la cornemuse et je suis née dans les Rhodopes, les montagnes au sud de la Bulgarie où la cornemuse grave, la kaba gaïda, est très utilisée pour accompagner le chant et pour jouer en solo ou en groupe de cornemuses. Dans chaque village, il y avait souvent plusieurs joueurs de cornemuse. Dans le mien, deux joueurs de kaba gaïda étaient très célèbres. Ils participaient à toutes les fêtes du village et
voyageaient partout en Bulgarie. C’est comme ça que j’ai découvert la cornemuse.

Les nmcl : Quest-ce qui vous a plu dans la cornemuse ?
Siyka Katzeva-Chaulet : Je pense que c’est le bois et le souffle. Il y a une participation qu’on donne quand on joue qui est très forte. Au début du siècle, seuls les hommes pouvaient jouer de la cornemuse. Même encore maintenant, c’est presque uniquement les hommes qui en jouent. Et c’est vrai que voir une femme jouer de la cornemuse, ça surprend encore un peu.

Les nmcl : Comment s’est déroulé votre apprentissage de l’instrument ?
Siyka Katzeva-Chaulet : J’ai débuté la cornemuse quand j’avais dix ans. Après un an de préparation à un concours d’entrée, j’ai été reçue dans une école de musique où l’on apprenait autant la musique classique que la musique traditionnelle bulgare. L’enseignement musical, ponctué d’examens tous les semestres, était riche et ouvert. Ce type d’école de musique, créé après 1944, avait pour but de populariser la musique dite traditionnelle, de créer des ensembles folkloriques et de former des musiciens professionnels pouvant présenter cette musique dans des concerts en Bulgarie et à l’étranger.
La grande cornemuse, la kaba gouda, y était enseignée jusqu’en 1992 par des vieux musiciens, des bergers du village qui n’avaient jamais appris la musique en l’école. Depuis, d’autres professeurs plus académiques leur ont succédé. Ces bergers avaient un rôle de professeur sans être professeur. Leur manière de vivre la musique était très intéressante et communicative. Ils avaient envie de donner tout ce qu’ils savaient. Cela m’a incité à enrichir sur le terrain mon apprentissage au contact de nombreux autres joueurs autodidactes.
Dans cette école j’ai appris aussi à jouer de la djoura gouda. Cette autre cornemuse bulgare, plus petite que la kaba gaïda, qui sert davantage à accompagner la danse, s’enseigne différemment. Alors que l’apprentissage de la kaba garda se réalise uniquement par mémorisation celui de la djoura gaïda se déroule par le biais de la partition.

Les nmcl : Vos premiers contacts avec la scène ?
Siyka Katzeva-Chaulet : J’ai donné mes premiers concerts dans le cadre de l’orchestre de l’école de musiques. Ensuite, lorsque j’étudiais à l’Académie musicale à Plovdiv pour devenir professeur de musique, j’ai joué dans le deuxième plus grand ensemble en Bulgarie qui s’appelle Trakja Ensemble Folklorique et qui faisait des tournées en Bulgarie et à l’étranger.

Les nmcl : Comment êtes-vous arrivée en France ?
Siyka Katzeva-Chaulet : A la fin de mes études, je suis venue en France pour accompagner musicalement un groupe folklorique bulgare. On a fait une tournée en 1990. Et en 1991, Francis Michaud, un de mes amis, m’a invitée à faire quelques concerts en tant que soliste. Et durant plusieurs étés, je suis venue en France pour donner des récitals, enseigner la danse et la cornemuse bulgares. En 1995. j’ai commencé a taire ma Maîtrise d’ethnomusicologie à Paris VIII avec Rosalia Martinez. Ces études a Paris m’ont permis d’élargir mes connaissances et de découvrir d’autres musiques tout aussi intéressantes.

Les nmcl : Quelles sont vos rencontres artistiques ?
Siyka Katzeva-Chaulet : J’adore jouer avec les percussions. Pour moi, la percussion est un instrument qui est lié aux cornemuses. J’ai pu travailler avec Dimitar Gadjonov, un percussionniste de jazz. Cet échange s’est concrétisé par l’enregistrement d’un disque en 1995 et par un spectacle que nous avons tourné pendant quelques années. Nous présentions un répertoire de compositions personnelles. Il m’accompagnait tout en improvisant sur les rythmes asymétriques de la musique traditionnelle bulgare. C’était vraiment tort. Ce percussionniste me portait rythmiquement en me donnant aussi la possibilité d’improviser et de taire quelque chose de nouveau.

Pendant un séjour de quelques années a New-York a la tin des années 1990, j’ai joué aussi avec un autre musicien Nicolas Kolev un excellent joueur de Gadoulka (rebec) ainsi qu’avec sa femme et leurs deux tilles chanteuses. C’était un grand plaisir de jouer avec eux.
En Limousin, je joue a présent avec des musiciens traditionnels français qui jouent pour leur plaisir. J’ai découvert aussi la cornemuse des landes il y a quelques années et j’essaie de me mettre à cet instrument. J’adore le son, je trouve qu’il est très proche de la cornemuse bulgare.

Les nmcl : Comment fonctionnent les rythmes traditionnels bulgares ?
Siyka Katzeva-Chaulet : La plupart des mélodies de danse traditionnelles bulgares sont structurées sur les rythmes asymétriques. Ces derniers varient de cinq a quinze temps. Et chaque temps se décline en plusieurs types en fonction de l’agencement des rythmes simples qui les composent.

Les nmcl : Comment acquiert-on cette complexité rythmique dans l’apprentissage ?
Siyka Katzeva-Chaulet : Il taut les vivre intérieurement et visualiser le mouvement du danseur. Il s’agit aussi de bien comprendre la structure rythmique des mélodies. Il y a des parties dans la musique où le rythme est bien repérable et d’autres où il l’est moins. Mais c’est le charme de la musique, le rythme continue même si chaque note de la mélodie ne le souligne pas.

Les nmcl : Quel lien faites-vous entre le chant et le jeu de cornemuse ?
Siyka Katzeva-Chaulet Pour moi, la cornemuse chante, elle accompagne le chanteur, c’est l’instrument le plus proche du chant. J’essaie d’ornementer de la même manière que le chanteur. Les techniques d’ornementations vocales varient d’une région a l’autre en Bulgarie de la même manière que les jeux de cornemuses. Ainsi, dans la région des Rhodopes, les joueurs de cornemuses et les chanteurs traditionnels ornementent en utilisant particulièrement les glissando.

Les nmcl : Comment évolue le jeu de cornemuse bulgare ?
Siyka Katzeva-Chaulet : Les joueurs actuels ont une technique qui est plus aboutie que celle de leurs prédécesseurs. Certains virtuoses de la gaïda s’inspirent aujourd’hui des méthodes classiques d’apprentissage d’instruments comme la clarinette ou le saxophones… L’aspect technique est utile mais il ne taut pas pour autant oublier le côté sensible de cette musique et la proximité qu’elle a avec le chant.

Les nmcl : Vos futurs projets?
Siyka Katzeva-Chaulet : J’aimerais fonder une école de musique traditionnelle bulgare en France, mais c’est un projet a long terme. Pour le moment, je souhaiterais refaire des concerts et préparer un disque en solo. J’ai l’intention de relancer également un projet d’enregistrement avec une chanteuse Bulgare autour d’un répertoire de chansons traditionnelles que les habitants de mon village chantaient au XIXe siècle.
Sinon, j’aimerais former un orchestre de musique bulgare ou créer avec des musiciens français un groupe qui fusionne les musiques traditionnelles bulgares avec d’autres horizons musicaux. Je ne sais pas s’il taut utiliser ce mot « traditionnel » parce que cette musique n’est plus traditionnelle. Avant, elle l’était. Les musiciens jouaient spontanément. Il n’y avait pas de concerts, les gens jouaient entre eux pour faire la fête, pour se réunir en famille. Ça c’était la tradition. Mais aujourd’hui, elle n’existe que partiellement. Il faudrait trouver un autre mot pour remplacer le terme de « musique traditionnelle ». Ce n’est pas vraiment la tradition. C’est la tradition d’aujourd’hui si je peux dire.

Propos recueillis par Dominique Meunier (CRMTL) pour les Nouvelles Musicales en Limousin, n° 74, 2003.

Siyka Katzeva-Chaulet
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