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Le groove asymétrique

La musique de “La cour du Roi Pétaud” semble insolite, atypique et inclassable en abordant un éventail très étendu des musiques actuelles. Construites sur des rythmes particuliers (impairs, asymétriques) et des mélodies complexes, elle développe des sonorités particulièrement riches et colorées. Quelques questions pour en savoir un peu plus sur ce groupe corrézien composé de Jean-Luc GILDORE (basse), Ghislain HENAFF (guitare), Pierre CAUTY (batterie) et Gilles PUYFAGÈS (accordéon chromatique).

Sur quelle idée musicale est née « La cour du roi Pétaud ?
Jean-Luc Gildore : Avec Pierre Cauty, à la batterie, on a choisi de jouer sur des rythmes inhabituels. J’ai sollicité Ghislain Hénaff, le guitariste puis Gilles Puyfagès l’accordéoniste s’est joint à nous. Depuis, à partir de quelques adaptations mais surtout de compositions,.on a monté un répertoire fondé sur ce genre de particularité rythmique.
Ghislain Hénaff : A l’origine, nous n’avions pas prévu de nous produire devant des gens. C’était bien plus pour s’amuser entre nous et jouer une musique dont nous n’avions pas l’habitude de faire, voire que nous n’avions jamais faite.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les rythmes asymétriques ?
JLG : Au bout d’un moment, cette musique tourne comme si l’on faisait un rythme symétrique, avec des contretemps placés un peu au hasard. Cela produit le même résultat avec un groove original qui s’installe.
GH : Ce genre de rythme, très utilisé dans les pays de l’Est, paraît naturel aux oreilles de ces populations. Chez nous, il faut que cela le devienne. Notre paris, est d’arriver à faire passer ce genre de musique comme si elle était évidente pour le public.

Quel son recherchez-vous ?
JLG : Pour l’instant, c’est un peu difficile à dire, car le groupe n’a que deux ans et demi. On en est encore au début. On ne sait pas où l’on va, même si on en a une idée. Pierre et moi, sommes dans la rythmique, Gilles dans la mélodie. Ghislain est le décorateur sonore. Il va créer une toile de fond, une ambiance musicale qui évolue d’ailleurs constamment. Comme tout à l’heure, pendant que l’on faisait la balance. Tout d’un coup, il est parti sur une ambiance que l’on avait jamais entendue.

Comment définissez-vous musicalement votre groupe ?
JLG : Nous ne sommes pas dans un créneau musical clairement défini. Ce n’est pas de la musique traditionnelle. Ce n’est pas du Jazz, du rock ou de la musique Yiddish. Le fait d’être hors d’un courant musical bien repéré nécessite pour nous d’être particulièrement actif pour trouver un réseau de diffusion. De même concernant l’écoute, il s’agit d’abord de se créer un public. Et c’est possible de le rendre réceptif à ce genre de musique. J’en ai eu la preuve au concert que nous avons fait au festival “Les pieds dans l’eau” à Argentat. À un moment donné, Ghislain à demander au public de frapper dans les mains pour nous accompagner alors que nous jouions sur une structure rythmique assymétrique. Je me suis dit que ça ne marcherait pas et puis ils ont commencé et ça a très bien marché. Donc c’est faisable. Si on arrive à intéresser le public, ça n’a plus rien à voir. Une fois que l’on a le public, on a le créneau et on peux aller partout.

Comment construisez-vous les musiques ?
Ghislain : On travaille à partir d’une idée apportée par l’un d’entre-nous : une rythmique de batterie, une ligne de basse ou un thème d’accordéon. Ensuite, on se greffe dessus. Une fois que la musique commence à tourner, on peut la faire évoluer. Après, on épure. Il y a alors un gros travail de tri à réaliser.
JLG : Ces bouts d’idées musicales mis de côté constituent alors des “fonds de tiroirs” qui pourront être utilisés plus tard. Dans ce travail de tri, il s’agit de donner une cohérence à la construction musicale. C’est là que c’est le plus long. Il y a souvent un long chemin avant d’aboutir une forme épurée et cohérente.

Vos influences ?
JLG : Personnellement, j’aime toutes les formes de musiques même si j’en écoute peu. Les rares moments d’écoute de disques sont lors de mes déplacements en voiture. Je ne pense pas que ces musiques m’inspirent pour composer. Par contre, certains enregistrements, écoutés bien avant, m’ont beaucoup marqué. Inconsciemment, il y a des choses qui reviennent. J’ai beaucoup écouté Greg Lake, Keith Emerson et Carl Palmer et les références incontournables comme Led Zeppelin, Jimi Hendrix. Puis j’ai fait une coupure totale avec ce genre de musique. Je me suis alors branché sur Mahavishnu Orchestra, le premier groupe qu’avait monté John McLaughlin. Je suis resté collé dessus. Et même encore maintenant, j’y suis encore collé. Je n’arrive pas à m’en défaire. Je ne sais pas si c’est le fait d’être allé les voir en concert mais cette musique complexe m’a marqué à vie.

Quels sont vos concerts déjà réalisés ?
C’est dans le cadre des scènes ouvertes organisées au petit forum du théâtre de Tulle que les gens ont fait pour la première fois notre connaissance. Ensuite, ça a fait boule-de-neige. Nous avons joué aux « Tremplins » de Sédières. Dans le public, notre musique a plu a une personne qui participe à la programmation des “Francoffonie” à Limoges. Du coup, nous présenterons un concert dans la programmation off de ce festival cette année…

Propos recueillis par Dominique Meunier (CRMTL) pour les Nouvelles Musicales n° 76, octobre-décembre 2003.

Contacts :
Jean-Luc GILDORE – 19800 EYREIN
Tél. 06 81 03 70 64
En concert au CCM Jean Gagnant à Limoges le vendredi 3 octobre 2003 à 22 h (entrée : 8 Euros).

« La cour du Roi Pétaud »

> Jean-Luc GILDORE : basse
> Ghislain HENAFF : guitare
> Pierre CAUTY : batterie
> Gilles PUYFAGÈS : accordéon chromatique