Le violon populaire du Limousin est une musique largement méconnue dont la couleur modale très marquée et l’extrême ornementation du jeu ont été préservées jusqu’à aujourd’hui de l’évolution fortement tonale des folklores officiels régionaux.

On ignore à peu près tout des débuts et du pourquoi de la formidable extension de cette pratique dont on estime qu’elle a sans doute compté plusieurs milliers d’instrumentistes entre le milieu du XIXe siècle et la fin de la seconde guerre mondiale. On en est réduit à penser que, très vraisemblablement, ici comme dans d’autres régions de France, son développement est en partie lié à l’essor économique du centre de lutherie de Mirecourt, à la fin du XVIIIe siècle, qui diffusa ses violons dans toute la France et une bonne partie de l’Europe voisine.
Le violon en Limousin est essentiellement pratiqué comme instrument à danser et son répertoire se nourrit aux sources d’une musique très locale, votre familiale : la plus grande partie de la musique des violoneux est constituée d’airs chantés par les parents ou des voisins et n’est redevable que dans une faible mesure d’un répertoire de ménétriers professionnels. La diversité des interprétations est, elle aussi, particulièrement remarquable, chaque musicien n’ayant pour territoire que sa seule commune, parfois plusieurs pour les plus connus.
L’arrivée du jazz et de l’accordéon, à la fin de la seconde guerre mondiale, reléguera la dernière génération de violoneux dans une impitoyable disgrâce et un injuste oubli dont les enquêtes des années 1970 les tireront enfin.

Olivier DURIF (CRMTL)

Extrait du livret du CD “Chanteurs et musiciens en Limousin” CRMT003, 2000.